07 novembre 2010

MEMORIAL FRANCAIS - YORK MINSTER "20 Octobre 2011"

MEMORIAL FRANCAIS

 

YORK MINSTER

--------------

Communiqué de Monsieur Paul BOGAERT

Président de l'AAA des GROUPES LOURDS

-----------

MEMORIAL FRANCAIS - YORK MINSTER

Le 20 octobre 2011, un mémorial unique en son genre sera inauguré pour commémorer le souvenir des groupes français de bombardiers lourds intégrés dans le Bomber Command de la R.A.F., dont 216 aviateurs périrent au combat.

York Minster est le deuxième cathédrale d'Angleterre et la plus importante cathédrale médiévale de l'Europe du Nord. Cet évènement aura une portée internationale considérable sachant qu'il s'agira du premier mémorial de guerre français dans une cathédrale anglaise. Le moment pourra paraître pertinent et dans la lignée des récents accords franco-britanniques de coopération militaire.

De nombreuses personnalités de haut rang, Britanniques et Françaises, sont invitées à cette cérémonie, incluant la R.A.F., l'Armée de l'Air et de nombreuses Associations d'Anciens combattants. Plus de 1000 participants sont attendus incluant des personnalités des autres nations alliées.

Cette cérémonie est organisée sous le patronage du Doyen de York Minster, de l'Association des Anciens et Amis des Groupes Lourds, du Souvenir Français, de la Royal Air Force Association et du Mémorial des Forces Aériennes Alliées.

Le Mémorial des Forces Aériennes Alliées est situé à Elvington sur le lieu même où étaient basés les deux escadrons français du Bomber Command de la R.A.F. le 346 Guyenne et 347 Tunisie (dont les traditions ont été reprises il y a peu par l'E.C. 01/091 Gascogne et l'ETR 02/092 Aquitaine à Saint Dizier) comprenant 2000 aviateurs en 1944/45. Leurs premières missions les ont amenés à bombarder leur propre pays occupé pour préparer le débarquement avant de participer à la campagne meurtrière de bombardement sur la Ruhr et Berlin.

Le 20 octobre 2011 marquera le 66e anniversaire du retour des deux escadrons en France à Bordeaux Mérignac dans la France libérée de 1945.

Des invitations officielles seront adressées l'an prochain mais nous vous demandons d'ores et déjà d'inscrire sur votre agenda cette date historique pour nos deux pays du 20 octobre 2011.

Ian REED

Directeur Yorkshire Air Muséum.

img013

img014

www.yorkshireairmuseum.co.uk

------------------------------------

sandrine_newspaper

Mademoiselle Sandrine Bauchet étudiante française est retournée en Angleterre pour aider à préparer la venue des Français qui participerons à la journée du 20 octobre 2011 à York.

Sandrine attend dans les ailes

Une étudiante française a fait son retour au musée près de York pour aider a organiser un évènement qui est en lien entre son pays et l'Angleterre.

Le YAM à Elvington fait la promotion de la semaine des français à York, qui verra une série d'évènements se dérouler dans la ville en Octobre pour commémorer les aviateurs français basé à York et qui donneront leurs vies pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Cela finira avec l'inauguration du mémorial français au York Minster, le seul dans une cathédrale anglaise, le 20 octobre, et Sandrine Bauchet est revenue au musée pour jouer son rôle de second dans l'organisation de l'évènement.

L'étudiante Nîmoises, qui passa 2 mois au musée l'an dernier, a été invité a revenir pour aider a préparer l'évènement et pour faire un travail de liaison entre l'Angleterre et sa patrie. Elle a aussi fourni une présence française a la récente rencontre organisé par le musée au Café Rouge a York pour informer les entrepreneurs comment s'organiser pour la commémoration, qui s'attend a recevoir plus d'une centaine de visiteurs français et de la région.

Posté par DUCAPHIL à 12:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


LE SOUVENIR DU SERGENT Pierre PIERRE (pour Delphine VAUR)

4 Août 1944

A L'ASSAUT DES

PANZER ALLEMANDS

Récit du

Général Pierre PIERRE

img581

Les élèves du cours de pilote 81 de la R.A.F. On reconnaît debout premier à gauche le sergent Pierre PIERRE aujourd'hui général et à l'extrême-droite assis l'aspirant MINOST également du groupe LORRAINE.

MISSION

Harcèlement des blindés et troupes allemandes, afin de les fixer dans le secteur sud de Caen, pour les empêcher d'aller dans la région de Mortain-Avranches, où l'armée du général Patton avait effectué sa percée.

Nombre d'avions engagés: 11

Nombre d'avions abattus: 4 + 1 très endommagé, qui se pose à B5 (plage de débarquement).

-------------------------------

Ce type de mission n'avait lieu qu'en période de pleine lune et était dénommée Night Intruder Patrol.

Le lieutenant-colonel GORRI (Fourquet) décolle le premier; les autres avions suivent de cinq minutes en cinq minutes.

00h45: nous étions en patrouille derrière le front (Condé/Noireau - Domfront - Thury Harcourt - Falaise - St Pierre/Dive) depuis une heure environ, lorsque CORNEMENT (navigateur bombardier) vit les premiers chars et véhicules allemands sur la route Falaise-Caen, il me dit d'armer les bombes et de monter à 1500 pieds (ces bombes n'avaient pas de fusées retard). Nous avons viré à gauche, et je me suis mis face à la lune, en position de montée maxi. La D.C.A. crachait normalement, puis elle devint très dense, on voyait pratiquement le sol (c'était du 20 et 40 mm Bofors).

img580

Bombardement en rase-mottes

A la fin du virage, le moteur droit fut atteint et se mit à cafouiller puis la queue fut touchée , l'avion avait tendance à déraper à droite, le moteur gauche fut touché à son tour.

Certains que nous n'arriverions pas à monter à 1200 pieds (minimum pour nous larguer en parachute), j'avertis l'équipage de prendre la position de "CRASH"

CORNEMENT me fit confirmer que les bombes étaient bien sur "SAFE" et les trappes ouvertes, je lui répondis par l'affirmative et je larguai les bombes.

La D.C.A. toucha encore l'avion, alors que celui-ci perdait l'altitude très rapidement.

Je vis arriver la colline boisée sur laquelle nous allions "crasher". L'avion était à peu près horizontal lorsqu'il toucha les premiers arbres. Les chocs très violents se succédèrent jusqu'à ce que je perde connaissance.

Je n'ai jamais su comment j'ai été éjecté de l'amas de ferraille. Le carburant prit feu. Les munitions commencèrent à exploser - on y voyait très bien - j'étais à une vingtaine de mètres du feu.

Quelqu'un gémissait au milieu des ferrailles: c'était CORNEMENT. Il avait les jambes très abîmées et ne pouvait marcher. Je le traînai comme je pus en dehors des débris, ce qui prit pas mal de temps, étant moi-même blessé.

J'ai calé CORNEMENT du mieux que j'ai pu contre une souche d'arbre et je suis retourné auprès des restes de l'avion en appelant DUMONT et RICARDOU (les deux autres membres de l'équipage). N'obtenant pas de réponse, je suis retourné auprès de CORNEMENT qui souffrait beaucoup. Il m'a demandé d'aller chercher du secours. Je suis parti en direction du sud. J'avais du mal à marcher et je n'y voyais plus très bien, mon oeil droit étant presque fermé.

Peu de temps après, un Mosquito est venu et a fait quatre passes de tir au canon de 20mm sur les restes de notre Boston. Une chose m'a intrigué: le silence de la D.C.A. alors que le Mosquito était très visible.

Je ne sais combien de kilomètres j'ai parcouru avant de lever du jour mais je n'étais pas allé bien loin car je tombais dès que je butais sur quelques chose.

Vers 7 h du matin. je débouchai sur un grand champ plat où travaillaient trois paysans. Je leur fis de grands gestes, mais ils n'avaient pas l'air de se presser pour autant. Lorsqu'ils atteignirent la lisière du champ où j'étais accroupi le long d'une haie, je déclinai mon identité. Malheureusement, la réaction fut des plus décevantes. Ils me dirent que nous étions sur la commune d'Eparney, que le secteur était tenu par des Panzer SS et qu'ils "ne voulaient pas être emmerdés".

Je me remis donc debout et continuai mon périple. En me retournant, je vis que les trois hommes étaient retournés dans le champ. Deux de ces hommes devaient avoir dans les cinquante, cinquante cinq ans, et le plus jeune dix-huit, vingt ans. Cette première rencontre sur le sol de mon pays ne m'avait guère remonté le moral.

Je marchai toujours plein sud, ou plutôt j'essayai de marcher, car je tombais sans arrêt et je saignais toujours de ma blessure à la tête. Il commençait à faire très chaud, ce qui n'arrangeait rien.

Vers 11 h, en haut d'une butte, je vis un paysan qui moissonnait avec un cheval. Il était dans le bas du champ, mais je n'avais plus la force de marcher. Je lui fis de grands signes, et il comprit tout de suite. Il arrêta le cheval et vint à pied me voir à l'abri d'une haie où je m'étais assis. C'était un jeune d'une vingtaine d'années. Je lui dis qui j'étais, et lui demandais s'il pouvait m'aider. Très calmement, il me dit que nous étions à un kilomètre du village d'Eparney, que les Panzer SS étaient dans le village, et qu'il ne pouvait pas m'amener chez lui.

Il retourna à l'attelage, revint avec une faucille, fit une troué dans la haie et m'y poussa. Il me dit qu'il allait continuer à travailler normalement jusqu'à midi et qu'il reviendrait après déjeuner accompagné de son père.

Comme promis, ils revinrent vers 13 h 30. Le père, un ancien de Verdun, m'embrassa et me donna les victuailles qu'il avait apportées; du cidre bouché, une terrine de pâtée, du beurre et une boule de pain. Je ne pus rien manger !

Alors, il pansa mes plaies, sauf la tête, avec de l'eau de javel diluée et me fit un lit avec une couverture épaisse. Lui et son fils fermèrent le trou de la haie avec des bottes de paille, et me promirent de revenir le lendemain matin.

Je dormis quelques heures. Un besoin pressant me réveilla mais je n'arrivais pas à uriner autre chose que quelques gouttes sanguinolentes et j'avais très mal aux reins.

img584

Perrières, 22 septembre 1945. François DUMONT et Madame L'Herbier-Montagnon dégagent la tombe de Cornement abattu la nuit du 4 août dans l'appareil du sergent Pierre PIERRE. Quelques minutes après le crash, les SS ont assassiné CORNEMENT.

6 Août

Vers 6 h 45, je suis réveillé par le bruit de la faucheuse. Je regarde à travers les bottes de pailles: le jeune est là sur la faucheuse et son père ne tarde pas à être près de moi. Il a apporté du savon, un blaireau et un rasoir Gillette. Il me rase de mieux qu'il peut. Il retourne à la faucheuse et revient avec des vêtements civils que je lui avais demandés. J'échange donc mon battle-dress contre des vêtements civils trop grands pour moi. J'ai même une casquette pour cacher ma blessure à la tête.

"Et maintenant, dis-je, il faudrait essayer de me trouver un vélo."

Lorsque nous partions en mission, nous avions une trousse Escape contenant pas mal d'argent des différents pays survolés. Je donne à cet homme secourable mes mark, guilders et francs belges qu'il pourra échanger une fois la paix revenue.

Le soir, mon ami revient avec l'instituteur, secrétaire de mairie, un jeune de mon âge, très ouvert, qui va me faire une vraie "fausse carte d'identité". Ils me disent que pour le vélo, le forgeron du village, Mr Lhomme a déjà le cadre. Je leur explique qu'il faut me trouver un porte-bagages et une valise pour que j'ai l'air d'un réfugié. Mon intention est d'aller vers Domfront-Mayenne pour rejoindre les soldats américains (je ne savais pas que les GI étaient à Rennes depuis le 5 août).

7 Août

Dans la matinée, deux hommes s'approchent de ma cache, le ne bouge pas. Ils parlent français, l'un d'eux est le propriétaire de fermes des alentours (c'est mon jeune ami qui me le dit le soir).

Je crois qu'il est temps de partir. Trop de gens sont maintenant au courant de ma présence.

8 Août

Mes amis viennent me voir. Le vélo est prêt. Ma carte d'identité est très bien mais un peu neuve. J'habite et je suis né à Troarn (Calvados), occupée par les blindés canadiens depuis le début du mois de juillet: invérifiable !

Que sont devenus les autres membres de l'équipage ?

Les gens avaient l'interdiction de circuler, les épaves de toutes sortes étaient nombreuses dans le secteur. Je n'ai rien pu savoir et j'ai pensé que les trois autres étaient morts. Après mon retour en Angleterre le 22 août, j'ai appris que DUMONT avait été éjecté avec sa tourelle et avait survécu pratiquement indemne, simplement sonné. Vers 9 h, le 5 août, ayant repris connaissance, il est allé à l'épave et a parlé à CORNEMENT qui était mourant. RICARDOU était mort.

img585

Sergent-Chef RICARDOU. Ancien légionnaire. Bien qu'amputé d'une jambe, il réussi à se faire admettre comme mitrailleur en avion. Mort au champ d'honneur le 5 août 1944.

Le jeune vient finir son travail dans le champ. En fin d'après-midi, il s'approche. Je lui dis que je veux partir le lendemain, au lever du jour si possible.

9 Août

Le fils vient me chercher et nous allons retrouver son père qui est allé en vélo sur la route Saint Pierre/ Dives Falaise.

Quand je vois le vélo, je n'en crois pas mes yeux: un guidon de course, pas de freins, un pignon fixe, et sur le porte-bagages: une couverture roulée, la valise avec le nécessaire pour me raser et des victuailles pour plusieurs jours.

Les adieux avec ces deux braves paysans sont émouvants. Me voilà parti pour le rallye de la liberté !

D'abord je vais doucement car mon genoux droit a quelques petits éclats. A la première descente, je me retrouve par terre (a cause du pignon fixe) mais ensuite ça ira mieux.

Lorsque j'arrive à la route Caen-Falaise, j'ai quand même un peu la trouille car il y a pas mal d'Allemands. Je traverse Falaise, personne dans les rues, la ville a été complètement détruite.

Je me dirige vers Putanges, la Ferté-Macé, Domfront.

Là je tombe sur des paras allemands. Je comprends qu'il se passe quelque chose. Il y a des chars et des canons antichars à tous les croisements. Je m'en vais le plus vite possible par une petite route vers Lassay.

A la sortie de Lassay, je prends la route d'Ambrières-le-Grand. A trois kilomètres d'Ambrières, j'entends les coups de mortier et des rafales d'armes automatiques. Je fais demi-tour. Je suis si fatigué que je veux trouver une grange.

A un croisement de routes, je vois une belle ferme avec pas mal de bâtiments autour. J'arrive dans la cour, la fermière sort, et je lui demande si je peux dormir dans une grange. Elle me demande si j'ai des papiers, je lui montre ma carte d'identité (personne d'autre ne me le demandera). Elle est satisfaite et me montre l'échelle pour monter dans la grange.

De derrière un bâtiment annexe sort un grand sergent SS avec la combinaison noire. Un char "tigre" est camouflé dans la cour, recouvert de feuillage. Cet homme me regarde et me dit en très bon français:

- Vous êtes blessé Monsieur ?

Je réponds:

- Oui, c'est une ambulance allemande qui m'a fait tomber et le chauffeur ne s'est même pas arrêté.

Je lui raconte une histoire:

- Ma grand-mère habite à côté de Rennes et je vais la rejoindre...

- Les Américains sont de l'autre côté de la Mayenne, vous ne pourrez pas passer.

De jeunes SS sont venus aux nouvelles: ils ont seize ou dix-sept ans ! Je monte ma couverture et ma valise au grenier. Il doit être 21 h et je descends demander à la fermière si je peux avoir du lait. Elle me donne un pot de lait frais mais paraît très étonnée quand je veux payer avec un billet de mille francs (quelle faute ! j'avais gardé l'argent français  contenu dans "la trousse d'évasion" . Tout avait été prévu sauf la monnaie!). Alors elle m'a fait cadeau du lait.

Vers 23 h 30, les Allemands s'en vont vers l'est.

Après vingt-quatre heures d'observation, la famille BOUDET me prend en charge, moyennant quelques menus travaux (tourner l'écrémeuse et la baratte tous les soirs, discuter avec les Allemands qui viennent, en passant, demander du pain et des omelettes). Un jour, les soldats se retrouvent à huit dans la salle. Tout l'armement est rangé contre le mur. Mais, prudents, ils ont gardé les grenades à manches accrochées au ceinturon. Quelques, ils sont très nerveux, tapent sur la table et réclament du Calvados. Alors, je descends à la cave remplir le pichet au tonneau.

J'avais choisi cette ferme car elle était située au croisement de deux routes, donc les Américains passeraient par là.

Je n'avais jamais pensé que tant de soldats allemands se retiraient pratiquement sans officiers. Ils emmenaient leurs blessés dans des voitures à cheval avec un drap blanc par dessus. J'ai même vu un vieux soldat qui poussait une brouette dans laquelle avaient pris place deux blessés. L'un deux avait une serviette blanche qui flottait, accrochée sur l'épaulette de sa vareuse.

La confiance aidant, le deuxième jour, je suis promu "garde de nuit" de la propriété et je couche dans le lit de la grand-mère. Avant la nuit, la famille part dormir dans un abri aménagé dans une vieille cabane, à un kilomètre environ de la maison. La raison de ce déplacement est le bombardement de nuit du croisement par l'artillerie américaine, du 105 mm. Au lever du jour, je me lève et fais réchauffer la soupe pour mes "invités".

Matin du 15 Août

J'entends des chars sur la route. Je suis sûr que ce sont les Américains. J'attends qu'il fasse bien jour pour aller me rendre compte. Je sors les tags (plaques) d'identité cachées dans mes chaussures et les montre à un capitaine, qui est satisfait. Ensuite tout se déroule très vite. On m'amène saluer le général, commandant la Division. Il donne des ordres pour que l'on me soigne au Field Hospital (Hôpital de campagne) où il n'y a pratiquement que des blessés allemands.

Un commandant  chirurgien me fait un check-up et me coupe les cheveux qui s'étaient collés sur la plaie. Il ouvre d'un coup de bistouri et s'exclame: "Shit" (merde !). Il appuie pas mal et me dit en me montrant un pansement sur lequel gigotent des asticots:

"Vous avez de la chance ! Sans eux, vous ne seriez plus vivant !".

Un capitaine me prend en charge et me fait donner des vêtements de GI. Après une bonne douche, et rasé de frais, je suis transformé.

Je fais part au capitaine de mon désir de revenir à la ferme remercier les BOUDET. On me procure des savonnettes, des cigarettes, des lames de rasoir et du chocolat (choses rares) et un chauffeur me ramène à la ferme en Jeep.

Les BOUDET, à leur retour de l'abri, ce matin-là, avaient été très inquiets de ne pas me trouver, et de ne pas voir la soupe sur le feu ! M. BOUDET me dit très calmement que j'avais eu tort de ne pas lui dire que j'étais un pilote en cavale ! Mme BOUDET ajoute qu'elle s'était doutée, dès le premier jour, que je n'étais pas un réfugié ordinaire car je me rasais tous les jours après m'être lavé à la pompe dans la cour de la ferme.

Les adieux sont plutôt tristes.

Lorsque je reviens au QG de la division, un chauffeur et un MP (Military Police) m'attendent pour m'amener sur un terrain (1) de P47 (avions de chasse américains). Le lieutenant-colonel qui commande le groupe me fait raconter mon périple devant les pilotes qui ne sont pas en vol. Il me félicite et m'amène au mess (sous la tente) où il me fait servir des oeufs-jambon et un magnifique steak ! Vers 14 h, je me sépare de ces sympathiques pilotes qui voulaient me garder avec eux. J'ai souvent regretté de ne pas être resté avec ces joyeux Texans.

(1) Piste en grilles posées sur une belle prairie.

Général Pierre PIERRE.

-----------------

img586

Le sous-lieutenant Pierre PIERRE en mars 1945.

Pierre PIERRE. Né en mars 1922

Matricule F.A.F.L. : 30732

Civil, âgé de dix-huit ans et demi, il quitte Montpellier le 16 décembre 1940 et, par Perpignan, Barcelone et Madrid, il arrive à Lisbonne le 12 février 1941. Après avoir rejoint la Grande-Bretagne, il s'engage dans les F.A.F.L. le 22 mai 1941, ses services comptant du 16 décembre 1940. Volontaire pour être pilote, il effectue sa formation dans les écoles de la Royal Air Force. Les 2 décembre 1942, il obtient ses ailes de pilote (brevet n° 238 GB) et il est nommé sergent le même jour.

Affecté au groupe LORRAINE début octobre 1943, il termine un premier tour d'opérations et en entame un second quelques mois plus tard. Il est promu sergent-chef le 16 mars 1944.

Sérieusement blessé à la tête après le crash de son avion ce 4 août 1944 (fracture ouverte du pariétal droit), il réussit à échapper aux Allemands et à regagner les lignes alliées le 15 août. Promu sous-lieutenant avec prise de rang du 25 juin 1944. Décoré de la DFC en septembre 1944, mentioned in despatches, chevalier de la Légion d'honneur en décembre 1944, médaillé de la Résistance, il restera dans l'armée qu'il quittera en mars 1978.

img015

Remise de la Légion d'Honneur au commandant Pierre PIERRE.

(collection: Delphine VAUR)

img016

Sur la base aérienne de Francazal en 1955.

(collection: Delphine VAUR)

img017

Commandant Pierre PIERRE.

(collection: Delphine VAUR)

En juin 1989, le général PIERRE a bien voulu faire parvenir un récit de cette mission du 4 août, récit qu'il a adressé à la revue ICARE et qui est publié dans le numéro 176,

LES FORCES AERIENNES FRANCAISES LIBRES tome 11: 1940/1945 le Groupe "Lorraine" et le G.R.B.1. cinquième partie.

"L'avion du sergent-chef PIERRE s'est écrasé dans un bois au nord-est de Falaise. Pierre. PIERRE, l'un de nos meilleurs pilotes, totalisait déjà près de cinquante missions, parmi les plus dangereuses. Il avait eu l'honneur exceptionnel comme sous-officier de mener plusieurs fois l'escadrille "Metz" au combat..." Général Jean GAROT

François SOMMER, qui était lieutenant navigateur au 342 squadron à l'époque, écrit dans les Sans culottes de l'air, ouvrage rédigé avec le Général VALIN et qui fut publié aux éditions Robert Laffont en 1954, que l'équipage de PIERRE, baptisé "l'équipage des sergents", eut l'honneur pour la dernière mission de son premier tour d'opérations, au printemps 1944 de se voir confier le commandement d'une formation de vingt-quatre Boston dont douze du 88 Squadron de la R.A.F. En fait, SOMMER explique, dans un portrait du sergent PIERRE, l'extraordinaire confiance que lui font les autorités françaises et britanniques en lui accordant, à lui et à ses camarades, "simples" sous-officiers, une telle responsabilité et un tel commandement:

"PIERRE avait accompli de tels progrès, son calme, sa force tranquille lui avaient si bien permis de s'affirmer à plusieurs reprises qu'il était parvenu à franchir petit à petit les échelons du commandement aérien..."

Rappelons tout de même, qu'à cette époque, le sergent-chef PIERRE était âgé seulement de vingt-deux ans. Mais il servait au sein d'une armée, la Royal Air Force, qui fut capable de confier d'importants commandements à des Squadron Leader (commandant) et même Wing Commander (lieutenant-colonel) de vingt-et-un ans.

A l'inverse, les F.A.F.L. avaient de "vieux" navigants dont l'âge était largement au-dessus de la moyenne fixée par les King régulations.

C'est ainsi que François SOMMER, fils d'un pionnier de l'aviation, frère d'un célèbre coureur automobile d'avant-guerre, industriel, s'était rajeuni de quelques années pour être pris dans le personnel navigant. Né en 1904, compagnon de la libération, il est décédé en janvier 1973.

( Source: ICARE N° 176 LE GROUPE LORRAINE 5e partie.)

Posté par DUCAPHIL à 15:46 - - Commentaires [4] - Permalien [#]