CINQ "LOURDS"

 

ne sont pas rentrés

 

Objectif BOCHUM

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Le "N" a bombardé Bochum à l'heure prévue: 19h45. A bord, le silence est complet. Chacun comprend que cette mission est difficile. Sur l'objectif, tout s'est bien passé, mais l'Angleterre est loin, et jamais on n'avait vu descendre tant d'avions. Cependant le plus dur est fait, et, avec un peu de chance...

Mais, tout à coup, l'aile gauche prend feu. Quelques balles traçantes indiquent en même temps qu'un chasseur les a surpris.

Equipage du Lt VLES

Pilote: Adjt HANNEDOUCHE, Navigateur: Lt VLES (Cdt d'avion) Bombardier: S/Lt LAMBERT, Radio: Sgt/C VLAMINCK, Mécanicien: Sgt/C BEAUVOIT, Mitrailleur-supérieur: Sgt/C LIMACHER, Mitrailleur-arrière: Sgt/C OLIVE. 

ROGER LIMACHER

Sgt/C Roger LIMACHER

(collection: Roger LIMACHER)

L'adjudant Hannedouche, pilote, donne aussitôt l'ordre de sauter. Le lieutenant Vlès se lève, ouvre la trappe. Mais l'incendie est violent, et déjà l'avion, déséquilibré, s'engage malgré les efforts du pilote. Le Halifax s'incline de plus en plus, prend une position anormale. Il semble qu'à l'intérieur, on soit attiré au plafond. Le navigateur, qui est auprès de la trappe, peut, seul, évacuer facilement et il faut faire vite; car si l'on en juge par la position de l'avion, dans quelques secondes, il sera trop tard. Le lieutenant Vlès peut sauter. Mais il aperçoit, dans l'ombre, le radio, le sergent-chef Vlaminck, qui est en difficultés, à cause de la position de l'avion, et qui ne peut atteindre l'ouverture. Il l'attrape, et avec une force que l'on eut pas imaginée, il l'aide à s'introduire dans l'ouverture.

Mais le sergent-chef Vlaminck ne peut évacuer; il est comme attiré à l'intérieur de l'avion. Et les secondes passent. Le lieutenant Vlès s'arqueboute, et de toute sa force, il appuie avec son pied sur les épaules de son radio, qui enfin se retrouve dans le vide et ouvre son parachute.

Cela a demandé plusieurs secondes. Le lieutenant Vlès savait qu'il avait peu de temps, mais il n'a pas voulu risquer d'être le seul, lui, commandant d'avion, à survivre à son équipage. Il a décidé de se sacrifier, s'il le fallait, pour ses hommes.

Et en effet, à peine le sergent-chef Vlaminck a-t-il évacué le bord que l'avion explose. Le pilote, resté à son siège pour permettre à ses camarades de sauter, se retrouve, sans comprendre, suspendu au bout de son parachute, descendant lentement dans la nuit. La queue du Halifax, détachée par l'explosion, descend au sol en tournoyant. Elle entraîne avec elle le sergent-chef Olive mitrailleur-arrière, qui meurt ainsi dans sa tourelle. Quant au lieutenant Vlès, il s'est volontairement sacrifié pour sauver au moins un de ses hommes. Il disparaît héroïquement avec quatre d'entre eux.

equipage DABADIE

Equipage du lieutenant DABADIE.

Pilote: Adjt GUISE, Navigateur: Lt DABADIE (Cdt de l'avion), Bombardier: S/Lt POTHUAU, Radio: Sgt/C ALAVOINE, Mécanicien: Sgt/C LELONG, Mitrailleur-supérieur: Sgt VAUTARD, Mitrailleur-arrière: Sgt VEGA.

Le Halifax du lieutenant Dabadie est attaqué par-dessous. Le feu se déclare immédiatement au moteur intérieur gauche. Le lieutenant Dabadie appelle le pilote, l'adjudant Guise qui ne répond pas, probablement tué par la rafale. Dabadie donne alors l'ordre de sauter. Il ouvre la trappe d'évacuation avant, mais celle-ci se coince.

Dabadie et le bombardier, le lieutenant Pothuau, sont enfermés dans la partie avant de la carlingue. Le radio, le sergent-chef Lavoine, s'approche de la trappe. Dabadie lui fait signe de sauter et Alavoine évacue après avoir jeté un coup d'oeil vers l'arrière et vu le mécanicien, le sergent Lelong, tenter de mettre son parachute dans la fumée épaisse. Pendant ce temps, le mitrailleur-supérieur, le sergent Vautard ouvre la porte arrière et se précipite dans le vide. L'avion tombe à Hückelhoven (20 km N.O de Cologne). Ils seront les deux seuls rescapés. Dabadie et Guise ont été inhumés au cimetière de Hückelhoven. Les 3 autres corps n'ont pas été retrouvés.

 

EQUIPAGE BERAUD

Equipage du Capitaine BERAUD.

Pilote: Cpt BERAUD (Cdt de l'avion), Navigateur: Lt VALETTE, Bombardier: Lt RAFFIN, Radio: Adjt CLOAREC, Mécanicien: Sgt/C IMART, Mitrailleur-supérieur: Sgt BELLON, Mitrailleur-arrière: Adjt MANFROY.

Pendant ce temps, le "N"... est sur le chemin du retour. Lui aussi, il a bombardé; lui aussi, il a rempli sa mission; mais depuis quelques minutes seulement qu'il a lâché ses bombes, le capitaine Béraud a vu descendre en flammes au moins trois Halifax. Le sergent-chef Imart qui est à côté de lui, lui demande s'il ne voudrait pas mieux qu'il aille veiller dans la tourelle inférieure, où aucun mitrailleur n'est prévu de nuit.

Le capitaine Beraud n'a même pas le temps de répondre, qu'un choc se produit comme un martèlement rapide, et une gerbe de balles traçantes monte à gauche, dépassant l'avion.

Le pilote a compris. Il jette un coup d'oeil: le moteur intérieur gauche est en feu. De sa voix habituelle, toujours lente et calme, il donne l'ordre:

Mettez vos parachutes.

Et aussitôt, réglementairement comme à l'exercice, il ajoute:

- Sautez, sautez, sautez.

Il n'y a pas de temps à perdre. Quand un moteur est en feu, l'aile du Halifax se casse en moins d'une minute.

Le lieutenant Valette se lève. Enfermé dans sa cabine, occupé à ses calculs, il n'a rien vu , et demande:

Tu crois qu'il faut sauter tout de suite?

Sauter immédiatement, répond le capitaine Béraud.

La trappe est ouverte. Le navigateur saute le premier, l'adjudant Manfroy, mitrailleur-arrière, saute de sa place. C'est au lieutenant Raffin de sauter. Pense-t-il à ce qu'il a si souvent dit de son pilote ? Mais Béraud n'est pas blessé; il sautera, et ils se retrouveront au sol. Raffin saute. Le radio, le mitrailleur-supérieur sautent aussi dans la nuit.

Le sergent-chef Imart est resté pour aider le pilote, comme c'est son devoir de mécanicien. Il lui a passé son parachute, que le capitaine Béraud a pris, et, calmement accroché à une poignée, ne voulant pas être gêné dans son pilotage, et comptant le prendre là pour sauter. Il tient l'avion , qui commence à s'embarquer. Le sergent-chef met son parachute, s'approche de la trappe, et se retourne.

Vous venez mon capitaine?

J'arrive, sautez, répond le capitaine Béraud.

Le mécanicien saute. Son parachute s'ouvre: et pendant qu'il descend, un peu désorienté, il lui semble voir en l'air une explosion. Est-ce son avion qui explose? Le capitaine Béraud disparaît avec lui, et, coïncidence de l'amitié, on ne retrouvera pas le lieutenant Raffin, dont le parachute s'est pourtant ouvert. Seuls de leur équipage, les deux amis restent des disparus.

 

EQUIPAGE BARON

Equipage du Capitaine BARON.

Pilote: Cpt BARON( Cdt de l'avion), Navigateur: Lt TRUCHE, Bombardier: Adjt VIGNERON, Radio: Adjt/C MIGNOT, Mécanicien: Sgt/C CORMIER, Mitrailleur-supérieur: Sgt/C PETITJEAN, Mitrailleur-arrière: Sgt BOURELLY.

Lieutenant-colonel DAGAN, (Au cours de se raid, le lieutenant-colonel Dagan de l'Etat-Major de Londres avait tenu à effectuer une mission de guerre afin de se rendre compte de visu des difficultés afférentes. Cette nuit-là il occupait la place de deuxième pilote. Lui aussi trouve la mort dans l'accident.)

Le "J" du capitaine Baron ira plus loin. Avec ses trois moteurs, il a pris un peu de retard. Il a bombardé Bochum, et au cap 240, il s'avance sur le chemin du retour. Le  est invisible , mais à gauche la D.C.A. de Cologne est un point de repère bien précis.

Le lieutenant-colonel Dagan, debout près du pilote, surveille le ciel. Il a vu des avions descendre en flammes tout autour de lui.

C'est une attaque par l'avant, d'un "Me 109", qui surprend le "Halifax" presque immédiatement, une deuxième attaque se produit, par l'arrière. Le sergent-chef Petitjean tire. Mais les rafales du chasseur ont porté. Le moteur intérieur droit est en feu. Le capitaine Truche, navigateur, et le sergent-chef Bourrely sont blessés. Le feu gagne rapidement, et le capitaine Baron ne dit rien.

Allô pilote ! Le feu à droite, dit Petitjean. Mais personne ne répond. Des secondes passent. Bientôt , cependant, très faible, essoufflée, la voix du capitaine Baron, gravement blessé, commande.

" Parachutes !..." puis dans un souffle: "sautez... vite".

Le capitaine Truche ouvre la trappe, et fait signe à l'adjudant Mignot , qui a passé au lieutenant-colonel Dagan son parachute, de sauter: le radio saute. A ce moment, le "Halifax" part en vrille. Le mitrailleur-arrière, comme les sept autres à bord se trouve bloqué par la position et le mouvement de l'avion. Faudra-t-il y rester jusqu'au sol ? Mais l'avion explose. Le sergent-chef Petitjean et le capitaine Truche, mitrailleur-arrière et navigateur, se retrouvent, par miracle, en l'air, au bout de leur parachute ouvert. Et au sud de Julich, les débris du "Halifax J" arrivent au sol avec les restes de cinq membres de l'équipage.

EQUIPAGE HYENNE

Equipage du Lieutenant HYENNE.

Pilote: Sgt ROCA, Navigateur: Lt HYENNE (Cdt de l'avion), Bombardier: Adjt/C CHABROUD, Radio: Sgt/C MAXERAT, Mécanicien: Sgt/C LAHERRERE, Mitrailleur-supérieur: Sgt MARTIN, Mitrailleur-arrière: Sgt REYNAL.

Quand au "G-Georges", l'avion du lieutenant Hyenne, piloté par le sergent-chef Roca, nul, jamais, n'est revenu pour en donner des nouvelles. Chabroud, Laherrere, Maxérat, Martin, Reynal, tout l'équipage est, aujourd'hui encore, manquant. Collision ? D.C.A. ? Chasseur ? Probablement, nul ne saura jamais. Ils sont tombés, anonymes, quelque part dans la nuit.

Et ce soir-là, le sergent-chef Bellon attendra vainement le retour de ses camarades. Les deux verres de whisky resteront vides. La partie de bridge n'aura pas de fin.

Le groupe "Guyenne" aura payé un lourd tribut à la victoire future.

"Le 4 novembre 1944, sur seize avions engagés, cinq ne sont pas rentrés."

Par les Capitaines BOURGAIN et COCHO.

(Source: AVIATION FRANCAISE N°38 du 24 Octobre 1945)

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CINQ LOURDS NE SONT PAS RENTRES

par GERMAINE L'HERBIER

Madame, cinq équipages ne sont pas rentrés du raid sur BOCHUM.

- Y eut-il des rescapés, Commandant ?

- Douze seulement

- Donc - en comptant sept membres d'équipage par appareil - 23 aviateurs sont portés disparus.

- 24, car le lieutenant-Colonel Dagan, quoique officier d'Etat-Major, fut passager de "l'Halifax N.R. 181".

- Commandant, nous allons partir rechercher les manquants, afin que leurs familles aient au moins l'ultime consolation de savoir où sont leurs tombes.

Nous reprenons la route, comme si souvent depuis août 1940, date à laquelle je créai la "Mission de recherche des aviateurs disparus".

Première escale à Glize, en Hollande, où - avec le 137e Wing de la R.A.F. - est basé le 342e Squadron, le sympathique groupe "Lorraine". Là, accueil fraternel.

A bord d'un "Mitchell", piloté par le capitaine Genty, nous faisons une première randonnée au-dessus de la région Rhénane, afin d'y repérer les carcasses d'avions abattus et préparer ainsi nos recherches de tombes.

 

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Le lieutenant René GENTY 1er à gauche au 2/12 en 1940.

(collection: Ducastelle Philippe)

Le navigateur, lieutenant Peretti, pointe:

- Un "Halifax" 13.000 mille Est de Goch.

- Victor, repère le chasseur anglais, dit Genty.

- O.K., un mille sud de Geldern.

Hélas, à mesure que nous avançons au-dessus de la Ruhr, les débris d'appareils deviennent plus rares. D'ailleurs, nous repérons un cimetière d'avions près de l'usine métallurgique de récupération d'Alrath, et cela ne nous rend pas très optimistes sur le succès de nos recherches prochaines; mais " point n'est besoin d'espérer pour entreprendre"...

Maintenant, notre voiture roule sur cette terre allemande, où le charbon fut à la base de l'énorme concentration industrielle qui fournit au Reich la majorité de son potentiel de guerre. Ruhr, qui fut fut écrasée sous les massifs bombardements aériens. Ruhr où sur 5 millions d'habitants présentant la plus forte densité humaine de l'Europe - 600 habitants par km2 - 4 millions furent sinistrés.

Paysage lunaire et figé: squelettes d'usines, immeubles dont les matériaux ont dévalé dans les rues, cheminées froides, cratères de milliers de bombes.

Nous poursuivons nos patientes enquêtes dans les Rathaus (Mairie) auprès de la police, de la gendarmerie, de la population.

Je connais d'avance les réponses qu'on nous fera: les archives ont été détruites, ou emportées, ou brûlées par les S.S. Beaucoup d'hommes sont morts, d'autres prisonniers et nul ne sait plus rien sur les drames aériens... Les morts du cimetière ? enterrés comme "inconnus" par la Wehrmacht avant sa fuite.

Et cent fois nous recommencerons des démarches qui sembleront vaines pendant d'interminables jours d'échecs, jusqu'à ce qu'enfin nous puissions nous recueillir sur des tombes comme celles du cimetière de Dortmund, où repose l'un des équipages recherchés: lieutenant Hyenne, adjudant-chef Chabroud, sergent-chef Roca, sergent-chef Maxerat, sergent-chef Laherrere, sergent Martin, sergent Raynal...

Et un peu plus tard, nous voici découvrant à Norf, à 8 kilomètres S.O. de Dusseldorf, les tombes des lieutenant-colonel Dagan, capitaine Baron, adjudant Vigneron, sergent-chef Cormier, sergent Bourrely, bien identifiés, malgré l'inscription portés sur les croix:

"Cinq aviateurs américains inconnus, mars 1945".

Certains témoignages d'aviateurs rescapés sont heureusement si précis que nous pouvons aller enquêter directement sur le lieu de chute de l'avion: ce qui fut le cas de l'Halifax N.A. 558, abattu dans la banlieue de Vermelskirchen.

L'adjudant Hannedouche et l'adjudant Vlaminck y furent faits prisonniers et Vlaminck inhuma même son camarade sergent-chef Beauvoit, au cimetière.

Toutefois, ce qui compliqua singulièrement notre enquête c'est qu'en cette journée tragique du 4 novembre 1944, un raid massif eut lieu vers 15 heures, sur les aciéries de Soligen, ville toute proche et, coïncidence curieuse, trois avions anglais tombèrent à Vermelskirchen. Au cimetière, 28 aviateurs reposent, dont 7 seulement sont identifiés, un seul Français; le sergent-chef Beauvoit.

Pour essayer de résoudre l'énigme de la disparition des autres membres de l'Halifax N.A 558: lieutenant Vlés, sous-lieutenant Lambert, sergent-chef Limacher, sergent-chef Olive, nous allâmes recueillir le témoignage du chef de la police locale: von der Brack.

Celui-ci se souvenait très bien d'avoir fait prisonnier un aviateur anglais, James Williams ainsi que l'adjudant Vlaminck. Il ajouta d'un air mystérieux:

- Il a eu de la chance que ce soit moi qui le capture.

- Pourquoi ?.

- Parce que, dans notre région, il y avait de fanatique S.S.

- Vous pensez qu'ils eussent été capable de faire du mal aux aviateurs alliés ? ?

- J'en suis sûr.

- Que voulez-vous dire ?

- J'ai dénoncé trois S.S. qui ont fusillé un Anglais et sont internés à Opladen depuis.

- Et des Français que savez-vous ?

- ... Je ne sais rien.

Nous ne pûmes rien obtenir de plus de ce chef de la police, qui était visiblement troublé et confondait tout dans le double drame aérien qui s'était passé à Vermelskirchen, le 4 novembre.

Nous nous rendîmes alors à Hilden, où siège la Mission française de recherche des criminels de guerre.

- Capitaine Duranton, savez-vous s'il y eut des aviateurs français fusillés dans cette région ?

- Hélas, oui : le sergent-chef Olive, assassiné à Burg.

- Olive ? mais l'adjudant Vlaminck a su qu'Olive, resté dans sa tourelle détachée de l'Halifax était mort des suites de ses blessures à l'hôpital de Burg.

Les Allemands l'ont trompé...

Le lendemain, douloureusement émus, nous allâmes enquêter à Burg.

Comment Olive se retrouva-t-il vivant au sol, après l'effroyable chute de l'Halifax ? Nul ne le saura jamais. Grièvement blessé au menton, il dut marcher dans la nuit froide et claire, sous les arbres de la forêt séculaire. Il gravit la colline que couronne un lourd château féodal; et puis. Vers deux heures du matin, n'en pouvant plus, il frappa à la porte d'une ferme isolée au bout du village. Le paysan, Paul Beich fut pitoyable à l'aviateur. Il lui donna une tasse de lait et lui permit de se reposer dans sa grange.

Le lendemain matin, vers 8 heures, sa femme l'y obligeant, déclara-t-il plus tard à l'instruction. Il conduisit le sergent-chef Olive à Unterburg et remit son prisonnier au Watchmeister Willi Amann. Celui-ci, membre du parti S.S., directeur du Volksturm, enleva la cigarette des doigts d'Olive et le frappa cruellement sur son menton blessé en disant: "Cet homme doit être fusillé dans dix minutes, je ne veux plus le voir !"

Avec le Landwatchmann Conrad Beging, qui s'arma d'une carabine, tous deux poussèrent Olive vers le bois, non loin de la maison de Frau Marta Kaisin qui, du pas de sa porte, vit tirer sur l'aviateur qui s'écroula, tué net.

Amann revint à la gendarmerie une heure plus tard, déclarant froidement que le parachutiste était mort, parce qu'il avait tenté de s'enfuir et que Beging avait dû l'abattre.

Le malheureux sergent-chef Olive fut inhumé à l'orée du bois dans un cimetière athée des condamnés, des communistes, des miséreux.

Lorsque fin avril 1945, les armées américaines victorieuses conquirent la région, l'assassin Conrad Beging se suicida...

Amann fut interné à la prison de Remscheid et nul ne veut douter du châtiment qui l'attend... Le 16 juin 1945 eut lieu le transfert solennel du corps du sergent-chef Olive au cimetière de Burg, en présence des officiers et sous-officiers français se trouvant à Hilden, et de l'aumônier, R.P. Perrin, qui donna l'absoute.

Nous avons fleuri avec une émotion toute particulière la tombe de cet aviateur martyr... Et puis nous avons repris notre dure route, à la recherche des derniers manquants des " cinques lourds qui ne sont pas rentrés".

Germaine L'HERBIER MONTAGNON.