Conte de Noël

pour le souvenir du NA547

Voici une rencontre "magique" survenue lors de notre retour de Bordeaux en octobre 2015 à l'occasion de la commémoration du retour des Groupes Lourds. J'avais décidé pour ce retour à Lyon de passer par le sud du Massif Central je voulais me rendre dans le village natal du mitrailleur-supérieur du NA547 et compère de l'ami d'enfance de mon père André Esquilat: Louis Martrou.

Mon esprit était plein du récit des anciens enfin rencontrés à Bordeaux, Raphaël Masson m'avait à nouveau décrit sa mission sur Worms, je ressentais fortement en moi cette après-midi là la présence des membres de l'équipage tout comme lorsque je faisais le montage de la vidéo en leur mémoire. Nous sommes arrivés dans le village alors que le soleil commençait à décliner sur le Plomb du Cantal qui domine les maisons de lave noire.

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Je me suis rendu avec ma femme vers le monument aux morts de Laveissière je regardais le monument aux morts et du doigt je montrai à ma femme le nom de Louis Martrou qui y était inscrit.

Quand j'entendis derrière moi une voix douce. " C'était mon meilleur ami Monsieur ! Que lui voulez vous? " je me retournai, je vis une vielle dame frêle mais bien droite, habillée de sombre dans la tenue des "césardes" du massif central. Appelées Césardes ces femmes à la fois dures et opiniâtres qui ont permis aux Auvergnats de s'adapter aux conditions souvent dures de ce pays. J'avais dans une main le dossier de l'équipage Joumas que j'avais emporté pour retrouver des informations avec les anciens lors de notre séjour à Bordeaux.

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Pour toute réponse j'ai ouvert le dossier de Martrou où on le voyait devant chez lui en uniforme de l'Armée de l'Air

" est-ce bien de cet homme dont vous parlez madame ? "

" Oui ! Comment avez vous cette photo ? "

Nous nous sommes alors assis sur un banc proche et je lui ai conté à la fois le destin de l'équipage de son meilleur ami et notre aventure à Jean-Michel Gravaud et moi sur les traces de leurs vies et leur mort 70 ans après...

Elle nous a raconté sa jeunesse dans le village avec Louis, le frère de ce dernier séminariste et un troisième ami séminariste lui aussi, comment ils préparaient tous les quatre les jeunes du village à la communion . Tous étaient très pratiquants. Le frère de Louis et le troisième garçon allaient d'ailleurs devenir plus tard prêtres Madame Martrou aurait souhaité que Louis suive la même voie...

" Mais Louis n'avait pas la vocation... " nous dit elle en souriant " Il était si doux, si gentil !... " Elle nous proposa de l'accompagner au cimetière pour voir la tombe de la famille de Louis.

Nous découvrîmes une tombe simple dominée par une croix de granit. En son centre une plaque de marbre noir où le nom de Louis figurait auprès de celui de ses parents précédé de la mention " en mémoire ".

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A défaut de ses restes inhumés en Alsace sa mémoire était associée à celle des siens dans le cimetière de son village. Nous nous sommes recueillis silencieusement quelques minutes. Je regardais ce paysage de bois et de prairies qui gravissent doucement le flanc de ce volcan éteint et qui était si cher à Martrou selon Pierre Delrieu.

Puis nous sommes ressortis silencieusement pour ne pas déranger... La vielle dame en nous quittant nous dit: " Je suis sure qu'il était avec nous ! Il est heureux de nous avoir vu ensemble évoquer ses jours ici. Je pense qu'il a été pour quelque chose dans notre rencontre. Il est satisfait de votre quête. C'est un signe qu'il vous envoie ! Continuez ! "

La vielle dame s'en est allée lentement par un chemin bordant le cimetière et a disparu à nos yeux. Le soleil s'est couché à l'ouest derrière le Plomb du Cantal. Peu à peu l'ombre a gagné les lieux.

Jacques GAZEL.

halifax guyenne devant tour Eiffel tricolore voeux 2016

Source: Jacques GAZEL.