LES FORCES D'AFRIQUE DU NORD

L'aviation de reconnaissance

et de bombardement.

2/33 - 1/25 - 2/25 - 2/23

Après le débarquement du corps expéditionnaire allié, un comité mixte de réarmement est formé: son activité ne se traduit, à l'origine, que par une aide légère aux troupes françaises engagés.

Mais, à la conférence d'Anfa, le 24 janvier 1943, un accord s'établit entre les Alliés en vue de transformer les forces françaises en armée moderne.

Aux termes de cet accord:

Les forces françaises recevront, par priorité, l'armement qui leur est indispensable: celui-ci sera constitué par le matériel le plus moderne... Il est précisé que cette livraison portera, au total, sur le matériel de 3 divisions blindées et de 8 divisions motorisées, ainsi que sur une aviation de première ligne constituée par 500 chasseurs, 300 bombardiers et 200 avions de transport...

L'accord d'Anfa nous faisait la partie belle. Mais il faudra attendre le printemps de 1943 pour que notre aviation soit apte à entrer en guerre aux côtés des Alliés. 

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De gauche à droite:

A El Aouïna.

Assis PETSOUNIS Légion Etrangère non retenu dans l'armée de l'air, S/Lt HEURTEAU pilote de chasse touché en combat rentre à la base et s'écroule sur son manche, LOBELLE Pierre (Squadron 347  - 1/25 Tunisie équipage de MIRAS), PAGES mitrailleur du colonel CTROËN Groupe "Lorraine" F.A.F.L. 

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Insigne de mon père sur la photo.

(collection: Ducastelle Philippe)

Comme tous les Groupes de l'Armée de l'Air française, le G.R. 2/33 se compose de deux escadrilles la 3 et la 4.

La 3, ex-Salmson 33, fut créée par le Capitaine Bordage, en décembre 1914, sous le nom de M.F.33.

Elle a fait toute la Grande Guerre au service du 9e corps d'Armée. Elle est avec lui dans les secteurs difficiles, sur l'Yser, dans la Somme, dans l'Aisne, en Champagne, à Verdun. Son insigne est la Hache, par un jeu de mots établi selon toutes les règles de l'héraldique la plus authentique: la Hache à Bordage.

Cinq citations sont venues récompenser, au cours de la campagne, cette "unité d'élite qui n'a cessé, depuis le début de la guerre, de rendre les plus grands services": trois citations à l'ordre du Corps d'Armée, 31 octobre 1915, 15 juillet 1916, 13 septembre 1917; une citation à l'ordre de la Brigade d'Artillerie du 9e Corps, 29 octobre 1916; enfin, une citation à l'ordre de l'Armée, 30 décembre 1918.

La 4 est plus jeune, puisqu'elle ne fut créée qu'en 1921, en Rhénanie. Son insigne est la mouette.

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(collection: M. BOUFFARON)

1re Escadrille du 2/33 "LA HACHE" Sous les ordres du lieutenant Israel.

Assis au centre de la photo le commandant  ALLIAS.

Citation du Groupe de Reconnaissance 2/33.

Le Général Commandant en Chef VUILLEMIN,

Commandant en Chef les Forces Aériennes,

cite à l'Ordre de l'ARMEE AERIENNE le Groupe de Reconnaissance 2/33:

" Sous l'impulsion de son chef, le Commandant ALLIAS, et de ses chefs d'escadrille, le Capitaine GELEE et le Lieutenant ISRAEL, le Groupe de Reconnaissance 2/33 constitue un superbe instrument de combat qui donne chaque jour les preuves d'un allant remarquable et d'une haute conscience.

" Dans une période particulièrement difficile, a obtenu, au prix de lourdes pertes, des renseignements précieux qui ont permis d'orienter le Commandement d'une façon précise sur la manoeuvre ennemie."

 

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Cpl/C Roger BOUFFARON

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(collection: M. BOUFFARON)

 

Fixons d'abord nos regards sur le terrain d'El Aouïna, près de Tunis. Là, le groupe de reconnaissance II/33 et les groupes de bombardement I/25 et II/25, unis dans une conviction commune, se replient vers le Sud algérien à l'arrivée des Allemands.

Stationné dans la petite ville de Colbert, en Algérie, le groupe de reconnaissance II/33 Savoie est engagé aussitôt. Ses équipages explorent les côtes tunisiennes pour repérer les points du débarquement allemand.

 

Edmond garcia El Aouina,,Bloch 174(La mouette,2ème escadrille,GR 2-33)

Equipage du Sgt Edmond GARCIA, Bloch 174 - de la 2ème escadrille "La Mouette" du G.R. 2/33 à El Aouïna.

(collection: Yves GARCIA)

L'état du groupe est assez précaire. Si pilotes et observateurs sont bien entraînés, les avions Bloch 174, en revanche, ont déjà subi la rude épreuve de la campagne 1939-1940 : ils sont vieux et démodés. Les Messerschmitt 109 qui les attaquent ont une vitesse supérieure d'au moins 100 kilomètres-heure et un armement d'un calibre plus élevé. En bref, les missions de reconnaissance dépassent les possibilités de nos appareils et arrêtent le groupe Savoie dans son essor. Le commandement décide alors d'employer les équipages du Savoie à bombarder en piqué dans la région du Gafsa-Tozeur.

Jusqu'au 30 mars 1943, le groupe prend part à la bataille avec ses appareils usagés, attendant impatiemment le matériel américain annoncé qu'il recevra seulement en avril. A ce moment, la campagne de Tunisie est terminée. Le groupe va se spécialiser quelques mois dans la reconnaissance photographique, avant de reprendre la lutte contre l'Italie.

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Le Groupe "Tunisie"

Le Groupe "Tunisie" n'est pas né ce 8 novembre 1942, s'il reçu son nom de baptême pendant la campagne d'Afrique du Nord, il avait reçu depuis fort longtemps le baptême du feu: à cette époque le fanion " à la Chouette" s'ornait déjà de deux palmes gagnées en 1917 et 1918 et les équipages du "Buffle" avaient combattu en Italie en 1940.

La "Une"

La 1er escadrille du Groupe 1/25 devenu Tunisie prit naissance pendant la guerre de 1914-1918 sous le nom de B.I0I, au sein de l'Aviation navale.

Équipée en 1917 d'hydravions F.B.A., ses équipages coulèrent plusieurs sous-marins ennemis, hauts faits sanctionnés par deux belles citations à l'ordre de l'armée.

Les noms de trois équipages disparus s'inscrivirent à la première page du livre d'or du futur 1/25. Basée à Cherbourg dès la fin de la guerre, cette escadrille devint I B. I, puis, transférée à Bizerte en 1933, prit le nom de 4. B. 3.

Apparition de la "Deux".

Le 1er janvier 1936, le 1er Groupe de la 25e escadre de bombardement est créé à Bizerte-Sidi-Ahmed par:

- la 4.B.3. qui passe de la Marine à l'Air;

- des éléments provenant de la 4e Escadre d'aviation d'Afrique (dissoute);

- du matériel hétérogène: Goliath, F.68, Potez 25, Bloch 200.

1939 - 1940

Équipé entièrement en Bloch 200 en 1939, le Groupe 1/25, ne pouvant prétendre aux batailles aériennes, assume cependant une lourde tâche: protection de convois, surveillance en mer, recherche et attaque de sous-marins ennemis. Travail ingrat, missions sans éclat et toujours dangereuse, si loin des côtes, avec un matériel terrestre, surclassé et usé.

Malgré l'impatience des équipages, seuls ceux de la 2e escadrille auront le temps, avant juin 1940, d'aller percevoir en France des Léo 45 et, à peine lâchés, de faire plusieurs bombardements de nuit, très réussis, sur des objectifs italiens.

L'armistice.

Regroupé à Tunis-El-Aouïna peu après l'armistice, le Groupe 1/25 est maintenu en activité "pour la défense de l'Empire, contre tout agresseur". Il fallut tromper l'étroite et odieuse surveillance des commissions italiennes pour faire voler plus d'équipages, camoufler de l'essence et des rechanges, former des jeunes au détriment de l'entraînement des "vieux". La consigne était; être prêts le jour "J" à reprendre la lutte avec le maximum de moyens; pouvoir faire mouvement en totalité dans le minimum de temps. Ce but fut atteint puisque le 8 novembre 1942, après une angoissante nuit de préparatifs, le Groupe entier, personnel, avions, véhicule et magasins, se mettait hors de portée de l'emprise allemande et commençait le dur périple.

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Une même volonté de combattre anime les équipages des groupes de bombardement I/25 Tunisie et II/23 Guyenne, décidés à employer jusqu'à l'usure complète leurs "Loiré 45". Ils ne vont pas tarder à être engagés.

 

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Les deux escadrilles du 2/23 Guyenne.

(collection: Monique BAUER)

La position des Alliés en effet est devenue difficile sur le front tunisien. Le commandement de l'aviation française en Afrique fait appel au groupe I/25, renforcé d'élément du II/23 (provisoirement dissous) et le met à la disposition des Américains pour transporter les munitions des ports de l'Atlantique aux ports de Tunisie. En dix jours, du 18 au 28 janvier, 180 tonnes de munitions sont ainsi transférées à pied-d'oeuvre.

 

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(collection: Monique BAUER) 

Mais une nouvelle mission, celle qui leur tient au coeur attend les équipages: ils vont se battre dans le cadre des "Forces aériennes tactiques du Nord" ( North Tactical Air Forces).

 

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(collection: Monique BAUER)

De Biskra, les avions décollent pour bombarder de nuit les aérodromes et les arrières de l'armée Rommel qui bat en retraite sous la pression de la VIIIe armée: Mezzouna, Sfax, Enfidaville, Focheville sont les principaux objectifs de nos bombardiers au cours de la période du 20 mars au 25 avril 1943.

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(collection: Monique BAUER)

A la fin de la campagne de Tunisie, les deux groupes I/25 et II/23, qui ont été des premiers à reprendre la lutte contre l'Allemagne, sont cités par le Commandement de l'air en Afrique du Nord:

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Avis de recherche sur l'équipage:

Au centre de la photo peut-être le lieutenant PUGET.

(collection: Monique BAUER)

...Grâce au moral élevé et à l'entraînement parfait des équipages, à la compétence et au dévouement de ses mécaniciens qui ont toujours su maintenir disponible le matériel français sauvé de l'invasion de la Tunisie, ont obtenu, d'emblée, des résultats remarquables, déversant 1.000 tonnes de bombes au cours de 80 sorties sur les objectifs lointains sévèrement défendus par la D.C.A. adverse.

...Ont exécuté de nuit, deux cent heures de vol de guerre dans la période du 24 février au 25 avril 1943.

 

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El Chibani.

(collection: Monique BAUER)

Au terme de la campagne de Tunisie, le matériel, malgré la sollicitude des mécaniciens, est à bout de souffle. Aussi, le 6 juin 1943, décide-t-on de réarmer avec des avions anglais les groupes I/25 et II/25.

Envoyés, au mois de septembre 1943, en Angleterre où ils recevront des avions quadrimoteurs Halifax, ces groupes seront incorporés au "Bomber Command" sous les deux dénominations de "Squadron 346" (G.B.II/23) et "Squadron 347" (G.B.I/25).

(Source: LES FORCES AERIENNES FRANCAISES de 1939 à 1945.)