08 août 2020

MARAUDER - HISTORIQUE DU GROUPE "MAROC"

MARAUDERS

HISTORIQUE DU GROUPE

"MAROC"

(Depuis septembre 1939)

I - Campagne 1939-40.

Peut de temps avant les hostilités, le premier groupe de la 22e escadre de bombardement de nuit, basé à Orléans-Bricy, est transformé en groupe de reconnaissance; c'est à ce titre qu'il participera aux opérations de septembre 1939 jusqu'à l'Armistice, sans interruption aucune.

Équipe de Bloch 131 et d'Amiot 143, il passe le début de l'hiver dans les Ardennes, et ses deux premières missions sur Bloch 131, lui coûtent un équipage descendu par la chasse.

De Metz, il effectue ensuite, sur son nouveau matériel "Potez 63", des reconnaissances lointaines par avions isolés.

Ces missions, faites le plus souvent dans des circonstances atmosphériques défavorables, soit à très haute altitude, soit en vol rasant, à un moment où la chasse allemande domine le ciel sont de véritables missions de sacrifice.

Le groupe perd 3 équipages, au nombre desquels un des Commandants d'escadrille, mais son activité ne se ralentit pas et il totalise, pour la campagne, 213 missions et 374 vols de guerre, ce qui lui vaut une citation à l'ordre de l'Armée Aérienne.

En juin 40, il se replie sur Ambérieu, puis au Maroc, à Ouled-Okba, où le trouve l'Armistice.

II - Période d'Armistice.

Durant la période d'Armistice, le groupe stationné à Rabat poursuit son entraînement dans la mesure des possibilités, il se transforme sur Glenn-Martin.

Au cours de son entraînement au bombardement en piqué son activité se solde par de nombreux accidents (4 équipages perdus).

En janvier 1942 une escadrille d'un groupe dissous, le 1/52, vient le renforcer. En juin de la même année il est équipé de Léo45 et opérant du terrain d'Oued-Zem (Maroc) où il s'est replié, participe en avril 1943 aux bombardements de nuit sur la Tunisie.

En juillet 1943 au cours de transformation sur matériel américain le groupe perd deux de ses meilleurs équipages.

III - Campagne 1944.

En septembre 1943, devenu groupe de bombardement moyen, le groupe part pour Telergma où, jusqu'à la fin de l'année, il poursuit un entraînement intensif sur matériel américain B-26 "Marauder".

Depuis son engagement, fin mars 1944, jusqu'aux premiers jours de janvier 1945, le groupe a accompli 108 missions de guerre, représentant 832 sorties de guerre et plus de 1.313 tonnes de bombes larguées sur les objectifs ennemis. Au cours de ces missions, les bombes du groupe ont atteint 28 viaducs et ponts, deux dépôts de munitions, deux dépôts d'essence, un dépôt de matériel, deux batteries côtières, une zone de concentration de troupes, quatre ponts routiers et anéanti un P.C. Allemand.

Les avions de groupe ont abattu, au combat, deux chasseurs allemands et subi maintes fois l'assaut de la Flak: en 832 sorties 88 avions sont revenus endommagés.

Beaucoup des membres d'équipages du groupe ont maintenant accompli plus de 50 missions et obtenu, par leur valeur, d'élogieuses citations. 17 d'entre eux ont été récemment décorés de l'Air Medal américaine, et le groupe "Maroc" a reçu, au cours, de la campagne 1944 deux citations.

(Source: Bulletin N°17 des FORCES AERIENNES FRANCAISES EN GRANDE-BRETAGNE. 1945)

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BOMBARDIERS FRANCAIS DANS LA BATAILLE

"LES MARAUDERS"

Bombardiers français dans la bataille

ADIEU

à VILLACIDRO.

A présent que les 31e et 34e escadres françaises de bombardement sont remontées vers le Nord, à présent qu'elles vont pilonner à partir du sol natal les objectifs allemands, nous pouvons parler de ce coin de Sardaigne qui fut, durant des mois, l'aire d'envol de nos porteurs de foudre.

Villacidro ! A quelques dizaines de kilomètres de Cagliari, c'est un village sarde brûlé de soleil. Non loin de ses basses maisons couleur de terre le terrain s'étalait sur la grande plaine nue toujours battue par le vent.

Ils sont partis, les "Marauders" d'argent qui tous les jours allaient jeter leurs bombes sur les entrepôts d'essence, les gares, les parcs à munitions et les ports ennemis. Ils ont longtemps été les maîtres de ce ciel de l'Italie du Nord malgré la flak intense et les chasseurs à croix noire.

Les villages de tente des groupes Maroc, Bretagne, Gascogne, Sénégal, Bourgogne et Franche-Comté ont disparu. Avec la victoire, les équipages sont remontés vers le Nord et ont emporté avec eux le souvenir des dures batailles au-dessus des terres d'Italie et de Provence, et le souvenir vivace de leurs morts et de leurs disparus.

Mais s'il y a eu les mauvais retours après les missions sur la plaine du Pô et l'enfer de Toulon - "Marauders" criblés et camarades manquants - il y a eu les jours de grande victoire et les exploits épiques, dont le plus extraordinaire restera celui de l'équipage du colonel Bouvard. (Abattu au large de Toulon, repêché et fait prisonnier par les nazis, interné dans le fort de Gardanne, l'équipage, par un coup d'audace inouïe, recevra entre ses mains la reddition de la garnison allemande.)

A présent, Villacidro est redevenu l'immense plaine stérile qui se souvient du grondement fauve des moteurs. Et pour dire les peines et les joies de nos escadres, sur cette terre triste et désolée, il reste la grande voix du vent, de ce vent éternel qui jour et nuit soulève la poussière rouge en tourbillons serrés. L'ont-ils assez maudit ce vent fou, nos équipages ?

Les Ailes françaises ne publient pas de vers. Mais, rompant pour une fois avec cette consigne, nous voulons aujourd'hui donner à nos lecteurs ce poème, plein de pittoresque et de malice, du capitaine G.C... qui, haut fonctionnaire de l'enseignement et parfait écrivain, a vécu la vie intense de ses camarades d'escadre.

Em. R.

LE VENT

Sur la plaine sans borne et sans voix,

Voici le vent

Voici le vent sifflant

Voici le vent soufflant

Ce si doux vent de Villacidro.

 

Sous la tente qui craque et qui ploie

C'est le vent zigzaguant qui s'immisce

S'insinue, subrepticement glisse

Des susurrements sinusoïdaux.

 

Si ce soir ce vent soudain ne cesse

Sans céder ne serait-ce qu'un pouce

S'envoler sur son aile si douce

Sans s'inquiéter de la météo.

 

Ce sera notre seule ressource

Contre le sinistre vent des soirs

Qui fuse et jacasse et passe, noir,

Plein de frissonnements vespéraux.

 

Dans les cieux lisses comme une soie

Voici revenue la paix des nuits

Jetant son voile sur nos ennuis

Jusqu'à nos réveils matutinaux.

 

Mais sans trêve, sans fin et sans loi

Voici le vent

Voici le vent sifflant

Voici le vent soufflant

Ce si doux vent de Villacidro.

 

Capitaine G. C...

(Source: AILES françaises - Hebdomadaire de l'Aviation N°4 du 21 novembre 1944)

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"MARAUDER" J'AI CASSE UN PONT.

"LES MARAUDERS"

- J'ai cassé un pont-

carte Scan (238)

Un MARAUDER français au cours d'une mission sur l'Allemagne du Sud.

J'ai vécu huit jours avec des aviateurs, des équipages de "Marauders". Séjour bref. Trop bref. Mais suffisant peu-être - eux pourront en juger - pour avoir saisi un peu de leur esprit, de leurs façons d'être, dont il faut bien dire, sans faire de grandes phrases, qu'ils sont ceux d'hommes valant la peine qu'on aille les regarder vivre.

La première scène se passe dans la chambre où l'on m'a logé, chez des paysans, avant mon départ pour l'aérodrome. Vieux retraités. La femme, après trente ans, porte encore le deuil d'un fils perdu à la guerre. Une de ces mères qui honorent jusqu'à leur dernier souffle le souvenir d'un être qu'elles ont particulièrement aimé. Son fils?

- C'était un aviateur, dit-elle.

Voilà pourquoi, depuis plus de dix ans, les deux vieux habitent près d'un aérodrome?

La femme m'a ouvert la porte. Elle murmure: De temps à autre, nous en invitons un ou deux à notre table. Ce sont de bons gars. Ils me rappellent l'autre... Vous les verrez, ce sont des hommes, des vrais.

DES HOMMES.

Une route durcie par le froid. Brume et silence. Un ronflement va s'amplifiant. L'aérodrome n'est plus loin. Dix pas encore dans la boue, puis trois arbres et une large grille. Un écriteau. Cette grille, ce panneau blanc aux lettres noires ont leur importance. Ils séparent deux choses dont le contraste, ici, est frappant: la paix et la guerre!

La paix, ce sont ces champs cultivés qui étaient sous le gel, cette mairie avec son drapeau, cette école. La guerre...

Le P.C. de l'escadre est un bâtiment tout blanc, surmonté d'une sorte de clocheton. Dans la région on appelle cela un "château". Sur la pelouse une tente est fixée par quatre piquets. La pelouse est fleurie. Devant la porte, il y a trois Jeeps qui attendent.

Trois marches conduisent à une pièce où brûle un feu d'essence. Aux murs, des cartes. Devant ces cartes, des hommes.

J'imaginais, avant d'entrer, un état-major composé de vieux soldats penchés sur des documents. Rien de cela. Voilà des hommes jeunes, tacticiens éprouvés, qui savent ce qu'est une carte d'état-major et, mieux encore, un poste de pilotage.

Tous prennent part aux missions. Plusieurs n'y sont pas forcés. Mais la nécessité de mieux connaître la vie de leurs hommes, et peut-être l'attrait du danger, font que tout le monde, ici, a éprouvé plus d'une fois la sensation que donne la D.C.A. - la Flak - frappant sur la carlingue du "Marauder".

C'est tellement vrai que voici un officier du P.C. qui s'apprête à partir. Il revêt une combinaison fourrée, prend son parachute et monte dans la Jeep qui va le conduire en piste.

Auparavant, un de ses hommes s'est figé devant lui. Il lui dit: Mon capitaine, le décollage est à 11 heures. Il était 10h45. Ils se sont serré la main. Ces deux hommes ne sont pas revenus.

 

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(collection: Yves GARCIA)

UN PONT A CASSER.

La vie du bombardier, de l'aviateur, en général, c'est la mission. Ce matin-là, comme tous les autres matins, l'une d'elles allait avoir lieu. J'arrivai, avec six officiers de l'Etat-Major de l'escadre, devant le P.C., à trois cents pas de l'aérodrome. Deux étages, un palier, puis un couloir et une porte brune. Sur cette porte, deux mots: "War-Room", salle de guerre. Nous entrâmes.

Tout le monde s'assit et se tut.

L'objectif est un pont à casser sur le Rhin, le pont de X... dit un officier.

Une heure durant, ces hommes étudièrent les cartes fixées aux murs où se trouvaient repérées les zones de D.C.A. et les nids de chasse allemande. Posément, ils décidèrent d'un itinéraire à suivre et d'une ligne d'attaque à observer. Puis l'on sortit.

C'était le Planning.

Deux heures plus tard, nous nous trouvions de nouveau réunis, mais cette fois auprès de la tente. Sur la pelouse désagréablement boueuse. Des hommes nous entouraient. Bottes fourrées et peaux de mouton. Plus d'un levait les yeux vers le ciel pour y puiser l'assurance que la mission aurait bien lieu.

Le temps n'étant pas beau, il y avait des hochements de tête, des haussements d'épaules. Sous la visière des bonnets fourrés, de petits conciliabules se tenaient. On entra sous la tente. Briefing, dernière opération avant le décollage. Les hommes s'installèrent sur des sièges de fer. Au fond, deux tableaux noirs où étaient inscrites les instructions élaborées au Planning.

Aux équipages eux-mêmes l'objectif allait être dévoilé. Cela produisit une certaine sensation. Puis le silence se fit. Les explications commencèrent. Tout fut réglé, chronométré, prévu.

Vingt minutes passèrent ainsi. A la fin, l'officier météo fut consulté. Il répondit que le temps était plutôt bouché, mais la mission néanmoins possible. La tente se vida donc. Les peaux de mouton montèrent sur des camions et nous partîmes en piste. Entre temps, les "Marauders" avaient été lestés de leur contenu de bombes.

Au bord de la piste, chaque équipage est déposé devant son appareil. Les hommes n'ont eu aucun contact avec l'extérieur. Aucune indiscrétion n'est à craindre.

 

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(collection: Yves GARCIA)

CAP SUR L'ALLEMAGNE.

- Là me dit Gerbault, attachez-le... Ils s'agissait de mon parachute.

Un quart d'heure après, dans un ronflement formidable, dix-huit appareils produit une certaine sensation. Puis le silence se fit. Les explications commencèrent. Tout fut réglé, chronométré, prévu, détachaient du sol. On mit le cap sur l'Allemagne.

Quelque part, dans un coin du ciel, les chasseurs d'escorte nous attendaient. L'objectif, c'est ce mince ruban de couleur brune qu'on aperçoit maintenant à travers le hublot où se condense un peu de vapeur.

Dans l'interphone, une voix m'a dit: Mettez votre gilet anti-flak et votre casque. Il était temps.

Brusquement, la D.C.A. nous enveloppe. Visages tendus, crispés. Plus un mot. Rien que le ronflement du moteur et, par intervalles, les éclats qui frappent la carlingue avec un bruit de gravier. Une voix compte: Trois... quatre... cinq...

Un brusque virage.

Un coeur qui monte au bord des lèvres. Au sol, une colonne de fumée masque le ruban brun.

MELIERES ETAIT UN SOLDAT.

Les "Marauders" se sont posés sur la piste. Dix-huit appareils avaient décollé. Quinze seulement viennent d'atterrir.

Sur un communiqué, ce soir, il y aura une phrase dans le genre de celle-ci : "La mission a été bien accomplie. Trois appareils ne sont pas rentrés."

Et demain, à la première heure, parce que les mauvaises nouvelles courent plus vite que les bonnes, une dame, la mère ou la femme du lieutenant Mélières, par exemple, viendra frapper à la porte du mess des officiers.

Elle demandera, la voix un peu sourde, pour s'en assurer elle-même:

- Le lieutenant Mélières...

On lui répondra:

- Il ne faut pas pleurer, madame. Mélières était un soldat.

François POLI.

(Source: AILES françaises - Hebdomadaire de l'Aviation N°12 du 16 janvier 1945)

 

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