13 mars 2012

Equipage disparu au cours de sa première mission

CD_couverture

Equipage du Capitaine LOEW

Pilote: S/Lt FAUGES, Navigateur: Cne LOEW,Bombardier: Sgt GODEFROY, Radio: Sgt BOUTILLIER, Mécanicien: Adjt THIERY, Mitrailleur-supérieur: Adjt FLECK, Mitrailleur-arrière: Adjt LAFFONT

-------------------------------------------

21/22 -11-1944 -Objectif: STERKRADE

Récit sur la recherche de l'équipage de jean GODEFROY

L'équipage du Cpt LOEW disparu au cours de sa première mission

recherche effectué par

Philippe DENIS

----------------------------------------

73213539_p

 Les ailes nous portent

L'étoile nous guide

La couronne nous attend

Sur les traces de Jean GODEFROY

img537

Jean GODEFROY était mon grand-oncle du côté maternel (ma grand-mère était une GODEFROY). Il est né à Lesquin dans le Nord, (comme ma mère), décédé à l'âge de 25 ans dans l'accident de son bombardier tombé à Thynes, en Belgique, le 21 novembre 1944.

Dans ma jeunesse, quand nous allions voir des parents à Lesquin, je n'ai que rarement entendu parler de lui car dans la famille, le chagrin étant grand, le sujet devait être évité (ma soeur plus âgée, m'a dit que c'était "tabou"!) et son souvenir s'est peu à peu estompé.

En récupérant quelques papiers familiaux qui ont aidé mon père à établir notre arbre généalogique, je suis tombé sur le faire-part de dècés de Jean (1). J'ai alors entrepris de construire son histoire et d'écrire un petit recueil pour la famille. A l'heure d'Internet, qui m'a grandement aidé, je ne savais pas dans quelle aventure j'allais me lancer en novembre 2002 !

Ce que vous allez lire n'est pas un roman. C'est la suite chronologique de mes recherches, d'abord timides, puis fortement motivées par les découvertes et rebondissements qui ont jalonné les deux années qui suivirent.

-(1) Service anniversaire pour le repos de l'âme d'un mort.

--------------------------------------------------

Jean, avant la guerre

img538

Jean naît le 29 mai 1919 à Lesquin, près de Lille dans le Nord. Fils unique, il vit avec ses parents, Amédée et Marie (née Bernard), au 20 de la rue Faidherbe.

Le 20 mars 1935, à l'âge de 15 ans, il perd son père, âgé de 49 ans, et reste seul avec sa mère (qui décédera en 1972). Son oncle, Léon Godefroy, remplit alors son rôle de parrain (2) et se rapproche de l'adolescent. Jean achève ses études et cherche du travail pour assurer sa subsistance à lui et à sa mère; celle-ci n'a qu'un petit commerce, une mercerie. Il se fait embaucher comme traceur. Il a 16 ans.

- (2) Il est aussi le parrain de ma maman et comme ma soeur et mon frère, nous l'appellerons à notre tour "parrain".

Deux ans plus tard, il a besoin d'action ; nous sommes en 1937, les signes de guerre se font de plus en plus alarmants. Lesquin est l'aéroport de Lille. Jean a-t-il été influencé ? Ou alors a-t-il été interpellé par les nombreux appels à l'engagement dans l'armée de l'air, armée toute jeune, puisque créée en 1934 !

Toujours est-il que, le 26 août, Jean se rend à l'Intendance de Lille et s'engage pour trois ans dans l'armée, au Bataillon de l'Air 125 sous le matricule 6838. Quatre jours plus tard, le voilà en uniforme à l'Ecole Militaire d'Aviation d'Istres (Bouches du Rhône) où il y restera près de deux ans, jusqu'en juin 1939. Peu de temps auparavant, en mars 1939, l'Allemagne avait annulé le pacte de non agression germano-polonais, la Pologne ayant refusé l'incorporation de Dantzig à l'Allemagne. En mai, cette dernière s'était allié à l'Italie : Le pacte d'acier.

img539

Le 15 juin 1939, Jean est muté au Bataillon de l'Air 124 à Cazaux, (Gironde), école de formation pour équipages de bombardiers. Nouveaux matricule: 2014. Deux jours auparavant, il est réangagé pour quatre ans (Réengagement à compter du 26 août 1940).

Après la signature d'un pacte de non agression avec l'URSS, l'Allemagne envahit la Pologne le 1er septembre. La Grande-Bretagne puis la France déclarent la guerre à l'Allemagne. C'est le début de la "drôle de guerre", les alliés restent sur leurs frontières (la fameuse Ligne Maginot doit bien démontrer son utilité ! ), laissant l'Allemagne écraser la Pologne ! 18 jours plus tard, malgré toute sa bravoure, c'est fini pour elle.

---------------------------------------------------------

 

La Campagne de France

img540

7 avril 1940

Jean entouré de Roger Poussin et Svatopluk Slilli.

L'Allemagne et l'URSS se partagent la Pologne. Les Russes en profitent pour annexer les pays Baltes !

Le 1er novembre 1939 ; Jean est nommé caporal. Dix jours plus tard il est muté à la base aérienne de Pau comme mitrailleur (matricule 7324). Son brevet est homologué le 24.

Le 18 avril 1940, nouvelle mutation base aérienne de châteauroux. Ca bouge aux frontières de la France.

Le 10 mai, les Allemands pénètrent en Hollande et les troupes françaises entrent en Belgique pour contrer l'offensive allemande. Mais ceux-ci percent alors au travers des Ardennes et prennent nos armées à revers. Le 28, elles sont encerclées dans la poche de Dunkerque.

Le 1er juin, Jean est muté de nouveau ! Cette fois à la base aérienne 101 de Toulouse-Francazale.

Deux semaines après, il est démobilisé au centre de Thuir (Pyrénées orientales). Son réengagement pour quatre ans s'annule.

img542

Il reste à Toulouse mais s'ennuie. Trois ans d'armée, ça laisse des traces ! il ne peut rentrer chez lui, en "zone interdite" (3), et décide de reprendre l'uniforme. Pour cela il doit se rendre en Afrique du Nord.

Le 20 mars 1941 il fait ses adieux à sa fiancée Noémie et se rend à Marseille où il se réangage pour deux ans.

Trois jours plus tard, il est sur un navire à destination de l'Algérie.

- (3) Le Nord - Pas-de-Calais fut rattaché à Bruxelles et devint donc province Allemande le 23 juin 1940. (ancienne Lotharingie - par annulation du Traité de Westphalie de 1648 ! ) Cette nouvelle frontière interdisait le retour des réfugiés.

------------------------------------------------------

L'Afrique du Nord

img543

Un fait important pour la suite de la carrière de Jean : la Bataille d'Angleterre fait rage ! La Luftwaffe ne peut anéantir la R.A.F. , ni l'industrie de guerre britanniques.

L'Angleterre conservera la maîtrise de l'air au-dessus de son sol.

Après sept jours de mer, le 30 mars 1941, Jean débarque à Alger.

Le lendemain il est dirigé sur Blida où il reste une semaine.

Miranda_Foto_1___2_

Le sinistre camp de concentration de MIRANDA DE EBRO.

Beaucoup de Français quittent la métropole comme Jean pour continuer le combat et se retrouvent en Afrique du Nord, certains après avoir traversé l'Espagne et gouté aux geôles, surpeuplées et à l'hygiène déplorable, de Franco. 

En Afrique, les besoins en effectif ne sont pas prépondérant et il est difficile d'occuper tous ces soldats ! Certains officiers iront jusqu'à créer un club d'alpinisme (ascension de l'Atlas !) pour passer le temps...

Le 10 avril, départ vers le centre d'Instruction de Rélizane où Jean se perfectionne au tir en qualité de mitrailleur-bombardier pendant près de trois mois.

img545

Le 1er juillet 1941, il est affecté à la 1er Escadrille du Groupe de Reconnaissance II/52 d'Oran La Sénia où il s'entraîne sur bimoteur Bloch MB175. Il restera là près d'un an.

img548

Bloch MB.175 appartenant à la 3e escadrille du groupe II/52 et portant le célèbre insigne du bougnat (SAL-19 de la Grande-Guerre).

(source: l'aviation n°203)

Début 42, depuis l'Allemagne, commencent les bombardements anglo-canadiens sur l'Allemagne (les Anglais, la nuit, et les Américains, le jour).

Le 2 juin 1942, Jean est détaché à Fès, au Maroc, au CPS, Centre du Personnel Spécialisé.

Le 8 novembre 1942, les Américains débarquent en Afrique du Nord. C'est "l'Opération Torch" commandée par le général Eisenhower. Les Français d'AFN alors sous le régime de Vichy présidé par le maréchal Pétain, résistent juste un peu, et se rangent rapidement du côté des alliés. En réaction, les Allemands occupent le reste de la France.

Le 11 novembre, ça y est ! Les Fançais d'Afrique du Nord se retrouve en "Zone des Armées", et donc combattants contre leur ennemi, l'Allemagne.

Suite à réorganisation, Jean est rayé du groupe II/52 d'Oran et est affecté le 20 décembre à la base aérienne de Fès.

Le 1er février 1943, il est nommé sergent. Le 20, il est affecté au stage de perfectionnement de mitrailleurs à l'école de tir d'Agadir, qu'il rejoint le 4 mars.

Le 22 mai, il est affecté à la fameuse EPN de Marrakech, l'Ecole du Personnel Navigant qu'il rejoint le 24. Ça se précise ! Il est désigné pour faire partie des équipages de remplacement des groupes équipés d'avions Halifax ; les pertes sont lourdes en Angleterre.

A Marrakech, l'été n'est pas la bonne saison. Il commence à y faire très chaud ! Les soldats logent dans de curieuses huttes rondes appelées "noualas" d'un confort très rudimentaire. La nuit, lui et ses camarades de "chambrée" n'hésitent pas à sortir leur lit au dehors pour bénéficier d'une fraîcheur toute relative.

img549

Jean se perfectionne encore trois mois au Maroc avec l'aide d'officiers de la R.A.F., qui les initient aux règles anglaises. En contre-partie du volontariat français, le gouvernement britannique prête des avions d'entraînement, des Wellington.

img550

Les Français s'entraînent sur un terrain annexe, proche de Marrakech, Sidi Zouine. En 18 mois, Marrakech connaît 5 accidents mortels, des morts "pour rien"(4)

Son entraînement se termine (c'est ce qu'il doit penser !). Jean fait ses bagages, il en a maintenant l'habitude. Il a sa feuille de route, retour en Algérie pour embarquer vers l'Angleterre.

Le 31 août 1943, il est à Alger

Le lendemain il est rayé des contrôles militaires d'Afrique du Nord. Un prochain grand voyage l'attend : en route pour la Grande-Bretagne !...

- (4) M'a dit le général Grimal que j'ai rencontré. C'est lui qui dirigeait l'EPN de Marrakech. La plupart des informations écrites sur la vie en AFN sont de sa bouche.

 A SUIVRE

Posté par DUCAPHIL à 13:34 - - Commentaires [1] - Permalien [#]