05 janvier 2009
LA FIN DU N.A. 197
LA FIN
DU N.A. 197
PAR
Germaine L'HERBIER
EQUIPAGE DU LIEUTENANT PELLIOT
(collection: Yves REYNIER)
7/8.02.1945 - Objectif: GOCH
ALLO Madame avez-vous pu retrouver les corps du Sergent/chef: BAGOT et du mitrailleur LE MITHOURD? (1)
(1) Membres de l'équipage du "HALIFAX" N.A. 197 du groupe "TUNISIE"disparus dans la nuit du 7 au 8 février 1945 en HOLLANDE.
- Malheureusement non, Commandant ! Pourtant, j'ai fait à six reprises des recherches entre EINHOVEN et VENIO. Je crains qu'ils ne soient tombés dans le PEEL (2). Mais j'attends la visite de BRILLARD, l'Adjudant-Radio, un des rescapés. J'espère trouver dans ce qu'il me dira le fil conducteur qui m"a fait défaut jusqu'à présent.
(2)-Marais du LIMBOURG et BRABANT-NORD difficilement accessible et, en partie, encore miné.
Quelques jours plus tard, BRILLARD était dans mon bureau.
-Faisons le point, lui dis-je. Quelle était votre mission exacte? C'était bien, n'est-ce pas,de bombarder GOGH en Allemagne, à 15 km. au sud de CLEVES, non loin de de la frontière HOLLANDAISE? Mais comme la situation était fluide,que les lignes changeaient constamment et s'enchevêtraient, vous avez reçu l'ordre de ne pas larguer vos bombes sur l'objectif, mais de les balancer à la mer en revenant?
-C'est bien cela. A 22h. 27. nous avons été attaqués, par dessous , par un chasseur de nuit. Dés la première salve, l'un des "HALIFAX" de notre formation prit feu. C'était celui dont, seul, le Capitaine STANISLAS a réchappé.
EQUIPAGE DU CAPITAINE STANISLAS
(source: La mémoire des groupes lourds)
-Je sais que tous ses co-équipiers ont été tués: l'Adjudant/chef AULEN, les Sergents/chefs BERDEAUX,PATRY, les Sergents BORDELAIS et BORDIER, qui furent inhumés à EINDHOVEN par les Anglais, tandis que le Sous/ Lieutenant ROGNANT, ayant survécu quelques heures, fut enterré à SWARTBROOK.
(Ju 88G "chasseur de nuit" photographié par les militaires Américains lors de l'occupation des terrains à la fin de la guerre.)
(source: CIEL DE GUERRE N°7 Décembre 2005.)
-Notre "HALIFAX", le N.A.197, fut touché à son tour par le même chasseur; le feu prit aux réservoirs. Nous étions à 4.500 mètres. Le Capitaine PELLIOT, Commandant de l'avion, se rendant compte qu'il n'y avait pas moyen de maîtriser l'incendie, nous donna l'ordre de sauter. Il quitta son siège à sa place de navigateur pour dégager l'accés de la trappe d'évacuation à l'avant et permettre au bombardier: le Lieutenant ROLLET, d'y accéder. BAGOT était encore maître de sa machine. Pourtant, il ne répondit pas aux appels téléphoniques du Lieutenant ROLLET qui lui demanda, par deux fois, d'ouvrir les trappes à bombes, afin de lancer celle-ci.
- Peut-être était-il déja mort?.
- Ce n'est pas certain; il avait pu simplement débrancher son téléphone pour concentrer toute son attention pour maintenir l'avion en ligne de vol.
-... Et le Lieutenant ROLLET, l'Adjudant-mitrailleur LOISELOT, l'Adjudant-mécanicien MOLL sautèrent... Avec quelle émotion n'ai-je pas lu le témoignage du Lieutenant ROLLET ! "Je revois, disait-il, le Capitaine PELLIOT debout au bord de la trappe d'évacuation qu'il avait lui-même ouverte, calme, maître de lui et me faisant signe de la main de me hâter.
S'il avait voulu évacuer à ce moment-là, il n'aurait pas eu besoin de plus d'une seconde pour me suivre, il ne l'a pas fait, parce qu'il plaçait son devoir de Commandant d'Avion avant sa sécurité personnelle et mettait sa conscience morale au-dessus de sa vie. Il voulut s'assurer que BAGOT pouvait encore sauter.
Peut-être a t-il aider l'évacuation de BRILLARD?.
Et quand il a songé à lui-même, aprés les autres, c'était trop tard, l'avion était engagé en piqué. MOLL, au bout de son parachute, vit l'appareil en feu décrire de folles orbes.
-... Plusieurs jours aprés la catastrophe, on trouva le cadavre du Capitaine PELLIOT, le crâne fracassé, sans doute en évacuant, car son parachute ouvert était mollement allongé à ses cotés, il a sa tombe, lui aussi, à EINDHOVEN, mais les autorités Anglaises n'ont pu me préciser ou son corps avait été découvert.
Regardez bien l'expression de ses jeunes visages pour que leurs souvenirs ne soit jamais oubliés.
(collection: Yves REYNIER le neveu du Lieutenant ROLLET)
- Et vous, BRILLARD, vous souvenez-vous comment vous avez sauté ?
-Non, j'étais à coté du Capitaine PELLIOT. J'allais suivre le Lieutenant ROLLET dans le vide. Mais j'ai dû perdre connaissance. A 3h30 du matin, je me suis trouvé marchant dans l'eau jusqu'à la ceinture. J'avais l'épaule et le bras gauche fracturés. Puis j'ai erré, pataugeant dans la boue. vers les 8 heures du matin, je vis quatre HOLLANDAIS. Comme je me dirigeais vers eux, ils me firent signe de m'arrêter: j'allais marcher sur une mine! un civil m'accueillit, puis me conduisit au poste de secours de NEDERWEERT, ou je rencontrai le Capitaine STANISLAS et le Lieutenant ROLLET. Tous trois blessés, nous fûmes dirigés sur l'hôpital d'EINDHOVEN.
-Vous rappelez-vous comment s'appelait le civil ?
-Oui, c'était un certain Joseph de BRUIN. J'ai cru comprendre qu'il connaissait le point de chute de notre "HALIFAX".
-Et bien ! il faut le retrouver ! Peut-être nous dira-t-il ou sont vos deux camarades disparus: BAGOT et LE MITOUARD. Voulez-vous m'accompagner pour enquêter en HOLLANDE ?
- Bien volontiers.
Quelques jours plus tard ayant laissé à BRUXELLES la modeste voiture de tourisme de la mission, qui était bien imcapable d'affronter le marais, nous filions vers NEDERVEERT, à bord d'un puissant camion Anglais, mis à notre disposition par le "Motor Corps" de la croix rouge Belge. Le "truk" était magistralement piloté par une conductrice d'origine HOLLANDAISE qui allait se révéler une interprète extrèmement précieuse.
Le paysage n'était plus celui d'une HOLLANDE aux champs fertiles et aux moulins à ailes battantes, dont les maitres flamands nous ont appris à aimer la douceur triste. Terre désolée ! Sur le canal SUID-WILLEMS, de lourds chalands étaient chargés de tourbe noire. Nous arrivames à la tourbière ou travaillait de BRUIN.
Oui, il savait ou étai l'avion... et les deux morts. Guidés par lui, nous avancions à travers le PEEL désert au sol gluant, avec le ronflement coléreux du moteur en première. Brusquement, nous fûmes tous vidés sur le plancher de la voiture.
-Rien de cassé ? questionna la conductrice imperturbable ( elle en avait vu bien d'autres, ayant vécu dans la brousse du congo Belge).
-Non rien de grave, mais que s'est-il passé ?
- Nous sommes tombés dans "un trou d'homme" caché par les roseaux, Encore un souvenir de la guerre dans le PEEL !
Bientôt nous dûmes abandonner le camion, car le terrain était miné. Nous avançions avec précaution, péniblement, à pied, dans les herbes et la boue sèche.
Des ferrailles d'avion apparurent. Le "HALIFAX" N.A. 197 était là, déchiqueté. Il avait explosé dans le bruit de tonnerre de ses seize bombes. Il gisait au fond d'un trou de six mètres, creusé par sa chute, que le marais avait aussitôt rempli d'eau. Au matin du drame, on nous dit avoir vu une main coupée dont l'annulaire portait une alliance. Plus loin, une combinaison de mitrailleur laissait voir une épaule déchiquetée. Sur la manche du battle-dress, on lisait "France". Puis la terrible boue du PEEL enlisa nos deux morts.
-Sergent-chef BAGOT, Sergent LE MITOUARD, quand le soleil printannier aura un peu asséché cette terre désolée et permettra des travaux, nous vous donnerons des tombes dignes de votre sacrifice, ou ceux qui vous sont chers pourront venir vous évoquer.
(source: collection Yves REYNIER)
CINQ LOURDS NE SONT PAS RENTRES
Madame, cinq équipages ne sont pas rentrés du raid de BOCHUM.
-Yeut-il des rescapés, Commandant?
-Douze seulement.
-Donc - en comptant sept membres d'équipages par appareil - 23 aviateurs sont portés disparus.
-24, car le Lieutenant-Colonel DAGAN, quoique Officier d'Etat-Major, fut passager de "l'HALIFAX N.R.181".
-Commandant, nous allons partir rechercher les manquants, afin que leurs familles aient au moins l'ultime consolation de savoir ou sont leurs tombes.
Nous reprenons la route, comme si souvent depuis août 1940, date à laquelle je créai la "MISSION DE RECHERCHE DES AVIATEURS DISPARUS".
Première escale à GILZE, en Hollande, ou - avec le 137ème Wing de la R.A.F. - est basé le 342ème Squadron, le sympathique groupe "LORRAINE". Là, acceuil fraternel.
A bord d'un "MITCHELL", piloté par le Capitaine GENTY , nous faisons une première randonnée au-dessus de la région RHENANE, afin d'y repérer les carcasses d'avions abattus et préparer ainsi nos recherches de tombes.
Le navigateur, Lieutenant PERETTI, pointe:
-Un "HALIFAX" 15.000 miles Est de GOCH.
-Victor, repère le chasseur anglais, dit GENTY.
-O.K., un mille sud de GELDERN.
Hélas, à mesure que nous avançons au-dessus de la RUHR, les débris d'appareils deviennent plus rares. D'ailleurs, nous repérons un cimetière d'avions près de l'usine métallurgique de récupération d'Alrath, et cela ne nous rend pas trés optimistes sur le succés de nos recherches prochaines; mais "point n"est besoin d'espérer pour entreprendre".
Maintenant, notre voiture roule sur cette terre Allemande, ou le charbon fut à la base de l'énorme concentration industrielle qui fournit au Reich la majorité de son potentiel de guerre. RHUR, qui fut écrasées sous les massifs bombardements aériens. RUHR ou sur 5 millions d'habitants, présentant la plus forte densité humaine de l'Europe - 600 habitants par km2 - 4 millions furent sinistrés.
Paysage lunaire et figé: squelettes d'usines, immeubles dont les matériaux ont dévalé dans les rues, cheminées froides, cratères de milliers de bombes.
Nous poursuivons nos patientes enquêtes dans les Rathaus (Mairies) auprés de la police, de la gendarmerie, de la population.
Je connais d'avance les réponses qu'on nous feras: les archives ont été détruites, ou emportées, ou brulées par les S.S. beaucoup d'hommes sont morts, d'autres prisonniers et nul ne sait plus rien sur les drames aériens... Les morts du cimetière ? enterrés comme "inconnus" par la Wehrmacht avant sa fuite...
GERMAINE L'HERBIER.





