20 novembre 2008

LES AVIATEURS FRANCAIS EN GRANDE-BRETAGNE

LES AVIATEURS FRANCAIS EN GRANDE-BRETAGNE

1943-1945

RECIT DU LIEUTENANT-COLONEL

MAX SUTOUR

AVANT SON DEPART POUR LES GROUPES LOURDS

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(collection:Eric Sutour)

POTEZ 63/11: abattu le 17 juin 1940 à FEURS dans la loire lors du repli du GR 1/55

Sgt/C.Radio-observateur: MAX SUTOUR. Avec 16 missions lors de la bataille de France.

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Le Sergent/Chef: Max SUTOUR avaient convoyé des appareils neufs sortant d'usine de MARIGNANE vers l'Algérie fin juin 1940: les Bloch 174/175, il ne restait que quatre Potez 63/11 dans l'escadrille au départ vers l'Algérie sur les 6 en dotation le 25 mars 1940.

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GROUPE DE RECONNAISSANCE 1/55 ORAN 10 AOUT 1940

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(collection: Eric SUTOUR)

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(collection: Eric SUTOUR)

Brigade des E.O.A. de MARRAKECH en 1942.

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Toute la future promotion 1943 des E.O.A de MARRAKECH en 1942

beaucoup d'autre camarades d'ELVINGTON doivent y figurer.

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A gauche: SOUS-LIEUTENANT TERRIEN A droite: Le SOUS-LIEUTENANT MAX SUTOUR notre futur LIEUTENANT-COLONEL AUTEUR DU RECIT.

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EQUIPAGE: du Cpt. CALMEL

Pilote:Cpt.CALMEL.(Cdt.de l'avion) Navigateur: Lt. BERRARD. Bombardier: S/Lt. PARDOEN. Radio: Sgt.ALIX. Mécanicien: Adjt/C. ROUX. Mitrailleur-supérieur: Sgt. MECHALY. Mitrailleur-arrière: Sgt. LADET-CHASSAGNE.

EQUIPAGE: du Lt. VIALATTE.

Pilote: Sgt. BUSNEL. Navigateur: Lt. VIALATTE. Bombardier: Lt. SUTOUR. Radio: Sgt/C. BONNAFOUS. Mécanicien: Adjt/C. CHOMY. Mitrailleur-supérieur: Sgt. HELARY. Mitrailleur-arrière:Sgt. BAERT.

Nombre de missions de l'Equipage: VIALATTE. 28 + 10 Total: 38 missions

Date de la dernière mission: 22.03.1945.

Arrivés à LIVERPOOL au début de septembre 1943, les équipages constitués en Afrique du Nord sont réunit la station balnéaire de Bournemouth. Après avoir effectué les formalités administratives et pris quelques jours de repos, chaque spécialité est dirigée sur les différentes écoles de la R.A.F. pour y apprendre les méthodes de travail des britanniques.

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Le Lieutenant: SUTOUR deuxième rang 5ème a partir de la gauche, 5ème assis le Capitaine BLAËS

A.F.U. Ecole des Navigateurs et Bombardiers (située à DUMFRIES (Ecosse)

En janvier 1944, à l'exception des mécaniciens, les équipages sont regroupés sur la base de LOSSIEMOUTH, au Nord de l'Ecosse, pour y suivre un entraînement en équipe sur WELLINGTON. compte tenu de la saison et de la latitude 57°32 Nord, les conditions de vol sont très difficiles: froid, vent violent, neige. Les vols d'entraînement sont souvent dangereux. Les incidents en cours de vol sont nombreux. Le commandant de bord et instructeur est britannique. Il prend des initiatives qui ne font pas toujours l'unanimité parmi les hommes. Les premières pertes humaines sont enregistrées.

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WELLINGTON

En avril 1944, les premiers équipages du groupe "GUYENNE" arrivent sur la base de la R.A.F. de RUFFORT pour effectuer quelques séances d'entraînement sur HALIFAX. III. Ces vols terminent l'instruction opérationnelle des équipes. A ELVINGTON, base aérienne de la R.A.F. située à 15 kilomètres à l'Est de YORK, ces équipages forment l'ossature des squadrons 346 et 347 du 4ième groupe du BOMBER COMMAND sous le commandement de l'Air Commodore Augustus WALKER.

Squadron 346: groupe "GUYENNE" 20 HALIFAX.III

Squadron 347: groupe "TUNISIE" 20 HALIFAX.III

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(collection: Le "L" for LOVE. auteur: Andrée. A. VEAUVY)

L'Air Commodore Walker Commandant la base 4 à ELVINGTON.

Chaque avion est armé par 2 équipages qui l'utilisent à tour de rôle. La première mission de bombardement est effectuée par 12 avions du groupe "GUYENNE" dans la nuit du 1 au 2 juin 1944 sur la ferme d'URVILLE, banlieu de Cherbourg, dans un dispositif de 101 avions. Aucune perte.

Les Groupes Lourds ont effectuées 123 missions de 1944/1945.

Première mission: La Ferme d'URVILLE 1/2.06.1944.

Dernière mission: WANGEROOGE 25.04.1945.

Comment s'effectue un bombardement de nuit sur l'Allemagne? Je prends comme exemple ma 35 ième mission opérée dans la nuit du 3 au 4 mars 1945 sur KAMEN, une usine de fabrication de pétrole synthétique, sise à 16 kilomètres au Nord-Est de DORTMUND.

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(collection: Le "L" fore LOVE. Auteur: Andrée. A. VEAUVY.)

KAMEN DU 3-4 MARS 1945(RUHR) USINES DE GUERRE

PHOTO N°2411 HALIFAX III - L - NR 232 Y. TOT - 22h 44 mn.

CAPITAINE VEAUVY - L - 346.

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JU 88G Photographié par les militaires Américains lors de l'occupation des terrains à la fin de la guerre.

(source: Ciel de Guerre N°7 Décembre 2007 airmagazine@wanadoo.fr)

Pourquoi ce choix?

          1° Avec mon équipage,j'ai participé à cette mission.

                                   2° Mon camarade de promotion, le sous-Lieutenant TERRIEN sur son avion "O-OBOE"du groupe TUNISIE  a été abattu par un JU 88 G, chasseur de nuit. Mon camarade s'est sacrifié et a réussi à faire sauter son équipage en parachute.

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(collection: Eric SUTOUR)

SOUS-LIEUTENANT. TERRIEN.

Voici le déroulement de cette mission:

Le 3 Mars, au début de l'après-midi, mon équipe est désignée pour exécuter cette mission. Notre HALIFAX C.CHARLY est disponible. Sur l'avant gauche de son fuselage une cinquantaine de bombes blanches sont miniaturisées, indiquant le nombre de mission de guerre à l'actif de cet avion. Au dessus, notre emblème; un FORBAN qui décapite HITLER.

Nous assistons au BRIEFING. Sur un grand panneau mural figure l'itinéraire de la mission. Avec des punaises de différentes couleurs sont indiqués tous les points sensibles rencontrés(emplacement des batteries D.C.A., terrains de stationnement des chasseurs de nuit, batteries de projecteurs, zones dangereuses à éviter...). Les divers horaires sont donnés: heures de décollage, de regroupement à la verticale du terrain, et heure de bombardement. Le navigateur intègre tous ces renseignements pour étayer son plan de vol.

Nous faisons partie d'une formation de 201 HALIFAX,21 LANCASTER,12 MOSQUITOS. L'effort total du BOMBER COMMAND pour cette nuit est de 785 avions.

Notre participation est la suivante:

Groupe "GUYENNE":13 avions. HALIFAX.III.

Groupe "TUNISIE": 13 avions. HALIFAX.III.

Nous prenons l'air en sixième position. Chaque avion décollant à une minute d'intervalle, nous restons sur le circuit d'attente pendant vingt minutes avant de passer à l'Ouest de LONDRES. Le soleil est bas sur l'horizon. Nous survolons une couche discontinue de cumulus. La visibilité est assez bonne. Provenant de différents aérodromes, d'autres avions se joignent à nous.

A la verticale de READING, l'obscurité est totale. Selon les ordres donnés, nous allumons nos feux de route que nous éteignons au passage de la côte anglaise. Le navigateur donne le nouveau cap qui nous fait franchir la côte française au voisinage de St.Valery-en-Caux. A 17.000 pieds, par temps calme, on a l'impression que notre avion est seul dans la nuit. Le roronnement régulier des moteurs, la légère obscurité atténuée par l'éclairage des cadrans lumineux des appareils de vol, donnent tendance à un manque de vigilance. Nous revenons à la réalité lorsque notre avion comme aspiré par un trou d'air se met brusquement à vibrer. C'est un avion qui, volant trop prés de nous, a perturbé notre passage.

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Trois types de WINDOWS.

Le Rhin franchi, le survol du territoire ennemi devient dangereux. A cadence régulière, le mécanicien lance les "WINDOWS", paillettes en papier métallisé, servant au brouillage de la réception radar. Leur efficacité est discutable mais rassure un peu les hommes. Dernier changement de cap pour contourner la RUHR par le Nord. Une fusée éclairante sur notre gauche se balance lentement en descendant: les chasseurs de nuit allemands ne sont pas loin !!

En vue de l'objectif, le bombardier prend la direction des opérations. Par changements de caps successifs, l'avion se dirige vers l'objectif. Un véritable rideau de feu se dresse devant vous. Pouvons-nous le franchir sans encombre? Une multitude d'avions suit la même route. Les "PATHFINDERS" chargés du marquage de l'objectif, demandent de viser les fusées vertes.

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Cest dans la nuit du 16 au 17 janvier 1943, au cours d'une mission sur berlin, que la Pathfinder Force utilisa pour la première fois des bombes de marquage d'objectifs, en général vertes ou rouges.

Bombes larguées, appareil photo enclenché, les 30 secondes supplémentaires sans chan gement de cap sont les plus dangereuses mais servent à photographier l'impact des bombes. Grand virage à gauche, en piqué, pour trouver une zone plus sûre et prendre le cap du retour. Le mitrailleur de queue signale le passage, loin derrière, d'un chasseur allemand. Vérification par le mécanicien du largage total des bombes.

Nous perdons de l'altitude et franchissons la côte anglaise au voisinage de l'aérodrome de WOODBRIDGE dont les très longues pistes d'atterrissage servent de refuges aux avions gravement endommagés. Les feux de position allumés, entourés de plusieurs avions suivant le même cap, le mécanicien fait le service en distribuant sandwichs et tasses de thé. La tranquillité de fin de mission est toute relative. La radio crache le message codé "BANDITS-BANDITS" les chasseurs allemands nous suivent. Mitrailleurs, ouvrez-l'oeil !

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Retour de mission le HALIFAX en phase d'atterrissage

(source: Le "L" for LOVE. auteur: Andrée A. VEAUVY)

ELVINGTON est en vue. La tour de contrôle signale 2 avions en tour de piste. Atterrissage normal, regagnons le "DISPERSAL" (air de dispersion ou stationne notre avion). Dès notre arrivée, toutes les lumières s'éteignent. La nuit est noire. Les obus de la D.C.A. protègeant notre terrain se mêlent au crépitement des canons et des mitrailleuses des chasseurs allemands.

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(source: BOMBARDIERS DE NUIT Les groupes lourds sur l'Allemagne)

Une boule de feu, un grand bruit assourdissant, des rafales d'armes automatiques, un avion est abattu ! 6 parachutes ouvrent leur corolle ! L'avion touché est un HALIFAX du groupe "TUNISIE" : pilote-chef de bord: le sous-Lieutenant TERRIEN.

Malgré son appareil en perdition presque incontrôlable, avec l'énergie du désespoir, maitrisant la conduite de son avion, TERRIEN donne l'ordre à ses hommes de sauter en parachute. jusqu'au dernier moment il tient d'une main ferme son HALIFAX, jusqu'à l'explosion au sol. Par son abnégation jusqu'au sacrifice de sa vie, il sauve son équipage.

Presque simultanément, le bombardier du Capitaine NOTELLE est attaqué, en phase finale d'atterrissage. A 100 pieds du sol, plusieurs rafales de mitrailleuses touchent l'aile gauche de l'avion. Le feu embrase les deux moteurs. Déséquilibré, ingouvernable, l'appareil bascule sur sa gauche, l'aile touchant le sol, est arrachée par un sapin providentiel. Débarrassé de son aile en feu, il termine sa course en labourant le sol. Miraculeusement, aucun blessé!

Tous les avions retardataires se déroutent sur des aérodromes d'acceuil. Les deux chasseurs allemands n'ayant plus de gibier, attaquent les installations techniques et cherchent en vain à détruire les appareils au sol.Tout à coup, en bordure du terrain, un coup de tonnerre, un éclair et une violente explosion: un chasseur ennemi volant trop bas percute le sol. Le calme revenu, nous nous dirigeons vers la salle de "DEBRIEFING" subir l'interrogatoire de l'officier de renseignements. Notre 35 ième mission de bombardement est terminée. Elle a durée 6h.30. dont 5h.15. de vol de nuit.

Dans la nuit du 3 Mars 1945,les pertes subies sont très lourdes pour le "BOMBER COMMAND" : 52 avions abattus ou portés manquants dont 39 HALIFAX, 9 LANCASTER, 1 MOSQUITO. Malgré la perte par la LUFTWAFFE d'une quinzaine de chasseurs lors de leur atterrissage au-dessus de leurs terrains de BELGIQUE et des PAYS-BAS, l'opération GISELA, nom de code donné par les Allemands à la mission envoyant un grand nombre de chasseurs de nuit au-dessus de l'Angleterre, a été un réel succés.

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L'ile d'HELIGOLAND avant le bombardement.

(photo prise par le Lieutenant ROUXEL )

(source: Le "L" fore LOVE. auteur: Andrée. A.VEAUVY.)

Alors que le tour d'opérations est limité à 30 missions de guerre, par manque d'effectifs pour assurer la relève, nous effectuons notre dernière et 37 ième mission de guerre le 22 mars 1945 sur DULMEN : 8 HALIFAX  du "GUYENNE", 9 HALIFAX du "TUNISIE" En tout, 153 HALIFAX participent à cette mission. Aucune perte n'a été enregistrée. Le dernier raid des deux groupes lourds a lieu le 25 avril 1945. Objectif: batteries de WANGOROOGE, dans les îles de la frise: 18 HALIFAX du GUYENNE, 12 HALIFAX du TUNISIE, pour une participation de 482 avions. Pertes: 7 tués.

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L'ile d'HELIGOLAND aprés le bombardement.

(photo prise par le Lieutenant ROUXEL)

(source: Le 'L" fore LOVE auteur: Andrée. A. VEAUVY)

Le pourcentage des pertes est de 61% de tués pour le personnel navigant. Les pertes se sont échelonnées au cours des différents stages dans toutes les écoles de la ROYAL AIR FORCE. Le personnel au sol n'a guère été épargné, notamment le 28.12.1944. lorsque le chargement de bombes d'un HALIFAX du groupe TUNISIE a explosé aprés le décrochage d'une bombe de 250 kilos: 8 armuriers et infirmiers français tués ainsi que 7 de leurs camarades britanniques.

Bilan des pertes:

Personnel navigant tué en opération:     175

Personnel navigant tué à l'entraînement à:

LOSSIEMOUTH: 12

RUFFORTH:  20

ELVINGTON:  2

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C'est en février 1942, à un moment ou ce commandement se débattait au milieu des pires difficultés, qu'Arthur T. HARRIS. prit la tête du BOMBER COMMAND. La pugnacité dont cet homme à la force de caractère peu commune fit preuve dans cette activité lui valut de nombreux ennemis, tant dans la Royal Air Force que dans les milieux politiques britanniques.

             

Notre seule récompense sera le message adressé par l'AIR MARSHAL SIR ARTHUR HARRIS au commandement des Forces Françaises de Grande-Bretagne: " Veuillez exprimer à tout le personnel Français qui a servi dans le "BOMBER COMMAND"mon admiration et ma gratitude pour son indéfectible coopération, son exceptionnelle bravoure et sa compétence.

Ensemble nous avons porté la bataille au coeur de l'Allemagne et donné à l'ennemi une leçon définitive sur la signification complète de la guerre, une leçon que jusqu'ici il a cruellement vécue et qu'il continura de vivre toujours. Ceci est leur récompense. A tous ces courageux aviateurs Français qui ont poursuivi le combat dans nos rangs, les plus chaleureuses salutations du "BOMBER COMMAND."

Le 5 juillet 1996, l'Amicale des anciens elèves de l'Ecole Militaire de l'Air me demande d'honorer de ma présence le baptême, sur la Base Aérienne de Salon-de-Provence, de la promotion Air 1995 qui recevra le nom du Sous-Lieutenant TERRIEN, mort pour la France le 4 Mars 1945.

CINQUANTE ANS APRES, MIEUX VAUT TARD QUE JAMAIS!

CITATIONS

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(collection: ERIC SUTOUR.) Superbe récit du Lieutenant-Colonel Max SUTOUR , pour le souvenir des GROUPES LOURDS FRANCAIS.

Posté par DUCAPHIL à 21:15 - - Commentaires [1] - Permalien [#]