22 avril 2012

JULES COQUERON "Et le parachute ne s'ouvrit pas"

Récit du Colonel Jules COQUERON

Radio navigant dans l'équipage du Lt PETUS

img021

Equipage du Lt PETUS

Pilote: Lt PETUS (Cdt d'avion) Navigateur: Lt DESESSARD, Bombardier: Lt MIGNON, Radio: Adjt COQUERON, Mécanicien: Sgt TRIBERT, Mitrailleur-supérieur: Sgt/C LINDEBERG, Mitrailleur-arrière: Adjt RIVIERE.

------------------------------------

J'AI VECU

Et le parachute ne s'ouvrit pas

Certains, dit-on, "ont la baraka ! " Si l'on regarde la succession des "accidents" qui ont émaillé la carrière du colonel de l'armée de l'air en retraite Jules COQUERON, il est certainement un de ceux-là. Après un premier saut en parachute en 1939 pour évacuer son avion en feu, il est deux fois abattu en 1940 alors qu'il sert dans la chasse lourde sur Potez 631, avant de rejoindre les Forces françaises libres au groupe de bombardement "Tunisie". Une nuit de janvier 1945, évacuant son avion en perdition, il fait une chute de 1000 mètres environ et se retrouve au sol sans que son parachute se soit ouvert. Ce saut dramatique nous est raconté ici.

Ajoutons toutefois que la série ne s'arrête pas là. En 1952, le colonel COQUERON est le seul à sortir totalement idemme d'un accident de chemin de fer qui jeta une micheline sur un train de marchandise entre Avignon et Nimes et fit trente-sept morts et de nombreux blessés.

Q - Mon colonel, au cours de votre carrière, vous avez effectué un saut en parachute qui fut pour le moins exceptionnel; pouvez-vous nous en rappeler les circonstances ?.

R - Eh bien. cela s'est passé au-dessus des côtes anglaises dans la nuit du 22 au 23 janvier 1945. A ce moment, je servais en qualité d'adjudant radio navigant au groupe de bombardement "Tunisie", l'un des deux groupes français du Bomber Command au sein de la Royal Air Force et nous étions basés à Elvington près de York. Nos avions étaient des quadrimoteurs Halifax III B, les bombardiers lourds de cette époque qui effectuaient, en particulier, les missions de nuit sur l'Allemagne.

Nous rentrions donc d'un bombardement sur Gelsenkirchen dans la Ruhr et nous avions quelques problèmes. La D.C.A. allemande nous avait mis deux moteurs hors d'usage. Nous avions pu toutefois effectuer notre mission de bombardement et rejoindre la côte anglaise malgré notre handicap. Comme tout paraissait se dérouler normalement, nous avions décidé de rejoindre Elvington plutôt que de nous poser sur un terrain de secours. Nous n'avions pas de blessés à bord et nous savions, par la radio, qu'il n'en était pas de même pour d'autres appareils qui demandaient à se poser d'urgence.

Q - A quelle altitude voliez-vous ?

R - Nous étions approximativement à 7000 pieds, soit environ 2400 mètres, et l'avion volait tout à fait correctement sur ses deux moteurs. De ma place, en-dessous de celle du pilote, j'avais une vue directe sur le moteur intérieur gauche. Tout à coup, j'ai vu des flammes sortir des portes de train. Alerté, le pilote et le mécanicien mirent aussitôt en oeuvre tous les moyens d'extinction. Il s'avéra très rapidement qu'il n'y avait à faire. Le feu redoublait d'intensit", d'intensité, et commençait à envahir la cabine. Devant cette situation, le pilote donna l'ordre d'abandonner l'appareil le plus rapidement possible.

Q - Aviez-vous déjà eu l'occasion de sauter en parachute ?

R - Oui, une fois, au cours d'un précédent accident en 1939, mais je n'avais alors aucune appréhension particulière.

Q - Qu'est-il donc arrivé ?

R - Au moment ou l'ordre d'évacuation fut donné, il y eut une grande explosion à bord immédiatement suivie de la rupture du plan gauche. L'avion se mit à tourner dans tous les sens. Il était 0 h 37 et nous étions à environ 2000 m d'altitude. Je me suis dirigé comme j'ai pu vers la trappe d'évacuation du navigateur, seule issue possible pour moi, Le feu me barrait le chemin de la trappe arrière.

Je ne sais ce qui s'était passé, le navigateur était coincé dans la trappe et ne pouvait plus bouger. Comme j'ai pu, en le secouant et en le bourrant de coups (je lui ai même enfoncé le sternum), j'ai réussi à le dégager. Il est parti en m'entrainant avec lui. En passant la trappe. j'ai probablement dû m'assommer car je ne sais pas comment je suis sorti de l'avion. Je me suis retrouvé en chute libre.

Naturellement mon premier réflexe a été d'essayer d'ouvrir mon parachute. Je voyais la poignée qui me tentait mais malgré tous mes efforts je n'arrivais pas à l'atteindre.

Q- Vous n'arriviez pas à l'atteindre pourquoi ?

R - Je ne l'ai su qu'après, bien sûr. En passant la trappe, je m'étais fracturé la 5e cervicale et j'étais pratiquement paralysé. Cependant. J'avais nettement l'impression que j'avais le temps d'ouvrir. Je ne réalisais pas que j'étais blessé et surtout que j'étais en chute libre.

Q - Et à aucun moment vous n'avez eu l'impression que tout était terminé et que vous alliez vous écraser ?

R - Absolument pas. J'étais persuadé que j'allais ouvrir. Mieux même, j'ai bien cru le faire réellement. Mais cela s'est avéré inexact puisque l'on m'a retrouvé avec le parachute plié dans son sac. Enfin, j'ai touché le sol, mais sans inquiétude aucune, car je n'ai presque rien senti.

Q - Où étiez-vous donc tombé ?

R - Eh bien ! j'étais tombé dans un tas de neige situé au bout d'une allée en ciment dans la cour d'une ferme. Il avait neigé pas mal les jours passés (il y avait environ un mètre de neige sur le sud de l'Angleterre) et le fermier anglais avait balayé la neige et fait un énorme tas à l'extrémité de sa cour. Je suis tombé en plein milieu. Mi conscient mi inconscient, j'ai pu atteindre le sifflet que nous portions tous accroché au revers de notre gilet de vol et tout en me débattant je me suis mis à siffler de toute la force de mes poumons.

Dans les minutes qui ont suivi, le fermier était là. Respectueux des consignes qui, à cette époque, étaient données à la population, il s'était mis sur le pas de sa porte dès qu'il avait entendu l'avion exploser, pour écouter le sifflement éventuel de quelqu'un. Et c'est exactement ce qui s'est produit.

J'ai repris pleinement conscience pendant un instant pour lui demander de faire trois fois la lettre O sur le cadran de son téléphone. C'était  en effet le signal de détresse pour obtenir de suite tous les secours possibles. Une fois son message lancé, aidé de sa femme, le fermier m'a transporté chez lui et déposé devant la cheminée où brûlait un grand feu.

Q - Les secours sont-ils arrivés rapidement ?

R - Oui très vite, car en appelant le numéro de détresse, le fermier avait alerté l'hôpital le plus proche. C'était un hôpital américain spécialisé dans le traitement des grands blessés de la colonne vertébrale qui était en alerte ce jour-là. Cela ne pouvait pas mieux tomber et c'est ce qui m'a sauvé. Le médecin qui est arrivé quelques minutes plus tard était un spécialiste de la colonne vertébrale et disposait de tout ce qu'il fallait dans l'ambulance. Ensuite, tout ce dont je me souviens c'est l'expression du médecin quand il m'a examiné. Pour lui, c'était terminé, il n'y avait pas grand chose à faire.

Transporté à l'hôpital, je suis revenu à moi après dix jours de coma attaché sur une planche. J'y suis resté quarante-sept jours. Ce sont les gens de la R.A.F. qui m'ont raconté comment ils avaient retrouvé mon parachute encore plié dans mon sac.

Q - Alors, lorsque vous avez pleinement réalisé votre aventure, qu'est-ce que vous vous êtes dit ?

R - Je me suis dit "tu as eu de la chance et quelle chance, car non seulement tu as choisi ton tas de neige, mais encore ton médecin et ton hôpital et justement le jour où il était de service".

Q - Avez-vous ressauté en parachute depuis ?

R - Non bien entendu, mais pour ce qui est d'être remonté en avion alors là oui. J'ai été radié du personnel navigant quelque temps après, ce qui est tout de même normal compte tenu de mes blessures.

Q - Vous considérez-vous comme un miraculé ?

R - Miraculé est un bien grand mot. Mais enfin, si l'on veut l'employer, le vrai miracle se situe plutôt dans le fait que je sois tombé à côté d'un hôpital spécialisé et que grâce aux soins qui m'ont été prodigués j'ai pu récupérer presque tous mes mouvements. Bien sûr, aujourd'hui je souffre encore un peu et particulièrement les jours de pluie. Enfin, cela aurait pu être pire n'est-ce pas ?

(Propos recueillis par le commandant (air) Claude LEGRAND)

Posté par DUCAPHIL à 14:33 - - Commentaires [6] - Permalien [#]


19 avril 2012

UN ANCIEN NOUS A QUITTE " Pierre Bouquet des Chaux"

UN ANCIEN NOUS A QUITTE

Pierre BOUQUET des CHAUX

img013

Equipage du S/Lt MATHURIN

R.A.F. Squadron 346 - F.A.F. G.B.1 - 2/23 Guyenne.

Elvington (Yorks) 15.9.45

Halifax VI - H7 - H - N° R.G. 562

De gauche à droite:

Mécanicien: Sgt PRADIER, Pilote: Sgt/C JOS, Navigateur: S/Lt MATHURIN (Cdt d'avion) Bombardier: Sgt BOUQUET des CHAUX, Mitrailleur-arrière: Sgt DEUTCH, Radio: Sgt DUGAST, Mitrailleursupérieur: Sgt HAUTOT.

img012

Pierre BOUQUET des CHAUX

Officier de la Légion d'Honneur

Médaillé militaire

La messe d'action de grâces sera célébrée le Samedi 21 avril 2012, à 10 h 30 en l'église Sainte-Croix de Saint-Pourçain-sur-Sioule suivie de l'inhumation au cimetière de Châtel-de-Neuvre.

Ni plaques ni couronnes.

Mes plus sincères condoléances à ses proches

Ducastelle Philippe

 

Posté par DUCAPHIL à 20:07 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

30 mars 2012

DE LOURDS SOUVENIRS

"DE LOURDS SOUVENIRS"

722_DE_LOURDS_SOUVENIRS_0

Le 24.12.1944 - Objectif MULHEIM-ESSEN

Equipage du Lieutenant LEROY.

Pilote: Sgt/C BAILLON, Navigateur: Lt LEROY (Cdt d'avion) Bombardier: S/Lt GAUTHERET, Radio: Adjt GRANIER, Sgt/C DURAN, Mitrailleur-supérieur: Sgt André GUEDEZ, Mitrailleur-arrière: Sgt EVEN.

-------------------------------------------------------

Inauguration_Salle_Guyenne_et_Tunisie_29_06_2009

Monsieur André GUEDEZ

(collection: Geneviève MONNERIS)

Le film  "De Lourds Souvenirs" a reçu le prix du Meilleur Documentaire au Festival du Film de l'Impérial War Museum de Londres. C'est un jury professionnel qui lui a attribué ce prix. Au départ il y avait 40 films. Ils en ont retenu 27 pour la compétition.

Monsieur André GUEDEZ et toute sa famille, se réjouissent de cette récompense, Mme Geneviève MONNERIS a partagé avec son fils Thomas la réalisation de ce film, il y a déjà 5 ans !

L'histoire de cet équipage a beaucoup ému les Anglais et c'est un atout formidable pour mieux faire connaître nos aviateurs français.

Geneviève MONNERIS

------------------------------------

Journ_es_portes_ouvertes_au_CAEA_M_rignac_21_09_2008

André GUEDEZ, Geneviève MONNERIS, Thomas LESGOIRRES.

(collection: Geneviève MONNERIS)

Le CAEA de Mérignac, grâce à Gilles COUSTELLIE, que nous remercions infiniment, est le seul lieu de mémoire, en France, qui a organisé une projection publique de ce film, lors d'une journée portes-ouvertes sur la base de Mérignac, le 21 septembre 2008, il y a bientôt 4 ans! Et on peut toujours le visionner dans la "Salle Guyenne et Tunisie".

En Angleterre, le YAM d'Elvington le diffuse régulièrement dans sa salle de cinéma, en version sous-titrée. L'Imperial War Museum l'a diffusé 16 fois lors de son 11ème festival

www.yorkshireairmuseum.co.uk

Un petit passage du film sur Youtube:

http://www.youtube.com/playlist?list=PLEBBBF49A97297F8B&feature=view_all

Voici le lien des photos de la cérémonie du 21 mars:

http://www.flickr.com/photos/imperial-war-museum/sets/72157629306632556/

Les films récompensés:

http://www.iwm.org.uk/iwm-film-festival-winners

Posté par DUCAPHIL à 16:07 - - Commentaires [5] - Permalien [#]

13 mars 2012

Equipage disparu au cours de sa première mission

CD_couverture

Equipage du Capitaine LOEW

Pilote: S/Lt FAUGES, Navigateur: Cne LOEW,Bombardier: Sgt GODEFROY, Radio: Sgt BOUTILLIER, Mécanicien: Adjt THIERY, Mitrailleur-supérieur: Adjt FLECK, Mitrailleur-arrière: Adjt LAFFONT

-------------------------------------------

21/22 -11-1944 -Objectif: STERKRADE

Récit sur la recherche de l'équipage de jean GODEFROY

L'équipage du Cpt LOEW disparu au cours de sa première mission

recherche effectué par

Philippe DENIS

----------------------------------------

73213539_p

 Les ailes nous portent

L'étoile nous guide

La couronne nous attend

Sur les traces de Jean GODEFROY

img537

Jean GODEFROY était mon grand-oncle du côté maternel (ma grand-mère était une GODEFROY). Il est né à Lesquin dans le Nord, (comme ma mère), décédé à l'âge de 25 ans dans l'accident de son bombardier tombé à Thynes, en Belgique, le 21 novembre 1944.

Dans ma jeunesse, quand nous allions voir des parents à Lesquin, je n'ai que rarement entendu parler de lui car dans la famille, le chagrin étant grand, le sujet devait être évité (ma soeur plus âgée, m'a dit que c'était "tabou"!) et son souvenir s'est peu à peu estompé.

En récupérant quelques papiers familiaux qui ont aidé mon père à établir notre arbre généalogique, je suis tombé sur le faire-part de dècés de Jean (1). J'ai alors entrepris de construire son histoire et d'écrire un petit recueil pour la famille. A l'heure d'Internet, qui m'a grandement aidé, je ne savais pas dans quelle aventure j'allais me lancer en novembre 2002 !

Ce que vous allez lire n'est pas un roman. C'est la suite chronologique de mes recherches, d'abord timides, puis fortement motivées par les découvertes et rebondissements qui ont jalonné les deux années qui suivirent.

-(1) Service anniversaire pour le repos de l'âme d'un mort.

--------------------------------------------------

Jean, avant la guerre

img538

Jean naît le 29 mai 1919 à Lesquin, près de Lille dans le Nord. Fils unique, il vit avec ses parents, Amédée et Marie (née Bernard), au 20 de la rue Faidherbe.

Le 20 mars 1935, à l'âge de 15 ans, il perd son père, âgé de 49 ans, et reste seul avec sa mère (qui décédera en 1972). Son oncle, Léon Godefroy, remplit alors son rôle de parrain (2) et se rapproche de l'adolescent. Jean achève ses études et cherche du travail pour assurer sa subsistance à lui et à sa mère; celle-ci n'a qu'un petit commerce, une mercerie. Il se fait embaucher comme traceur. Il a 16 ans.

- (2) Il est aussi le parrain de ma maman et comme ma soeur et mon frère, nous l'appellerons à notre tour "parrain".

Deux ans plus tard, il a besoin d'action ; nous sommes en 1937, les signes de guerre se font de plus en plus alarmants. Lesquin est l'aéroport de Lille. Jean a-t-il été influencé ? Ou alors a-t-il été interpellé par les nombreux appels à l'engagement dans l'armée de l'air, armée toute jeune, puisque créée en 1934 !

Toujours est-il que, le 26 août, Jean se rend à l'Intendance de Lille et s'engage pour trois ans dans l'armée, au Bataillon de l'Air 125 sous le matricule 6838. Quatre jours plus tard, le voilà en uniforme à l'Ecole Militaire d'Aviation d'Istres (Bouches du Rhône) où il y restera près de deux ans, jusqu'en juin 1939. Peu de temps auparavant, en mars 1939, l'Allemagne avait annulé le pacte de non agression germano-polonais, la Pologne ayant refusé l'incorporation de Dantzig à l'Allemagne. En mai, cette dernière s'était allié à l'Italie : Le pacte d'acier.

img539

Le 15 juin 1939, Jean est muté au Bataillon de l'Air 124 à Cazaux, (Gironde), école de formation pour équipages de bombardiers. Nouveaux matricule: 2014. Deux jours auparavant, il est réangagé pour quatre ans (Réengagement à compter du 26 août 1940).

Après la signature d'un pacte de non agression avec l'URSS, l'Allemagne envahit la Pologne le 1er septembre. La Grande-Bretagne puis la France déclarent la guerre à l'Allemagne. C'est le début de la "drôle de guerre", les alliés restent sur leurs frontières (la fameuse Ligne Maginot doit bien démontrer son utilité ! ), laissant l'Allemagne écraser la Pologne ! 18 jours plus tard, malgré toute sa bravoure, c'est fini pour elle.

---------------------------------------------------------

 

La Campagne de France

img540

7 avril 1940

Jean entouré de Roger Poussin et Svatopluk Slilli.

L'Allemagne et l'URSS se partagent la Pologne. Les Russes en profitent pour annexer les pays Baltes !

Le 1er novembre 1939 ; Jean est nommé caporal. Dix jours plus tard il est muté à la base aérienne de Pau comme mitrailleur (matricule 7324). Son brevet est homologué le 24.

Le 18 avril 1940, nouvelle mutation base aérienne de châteauroux. Ca bouge aux frontières de la France.

Le 10 mai, les Allemands pénètrent en Hollande et les troupes françaises entrent en Belgique pour contrer l'offensive allemande. Mais ceux-ci percent alors au travers des Ardennes et prennent nos armées à revers. Le 28, elles sont encerclées dans la poche de Dunkerque.

Le 1er juin, Jean est muté de nouveau ! Cette fois à la base aérienne 101 de Toulouse-Francazale.

Deux semaines après, il est démobilisé au centre de Thuir (Pyrénées orientales). Son réengagement pour quatre ans s'annule.

img542

Il reste à Toulouse mais s'ennuie. Trois ans d'armée, ça laisse des traces ! il ne peut rentrer chez lui, en "zone interdite" (3), et décide de reprendre l'uniforme. Pour cela il doit se rendre en Afrique du Nord.

Le 20 mars 1941 il fait ses adieux à sa fiancée Noémie et se rend à Marseille où il se réangage pour deux ans.

Trois jours plus tard, il est sur un navire à destination de l'Algérie.

- (3) Le Nord - Pas-de-Calais fut rattaché à Bruxelles et devint donc province Allemande le 23 juin 1940. (ancienne Lotharingie - par annulation du Traité de Westphalie de 1648 ! ) Cette nouvelle frontière interdisait le retour des réfugiés.

------------------------------------------------------

L'Afrique du Nord

img543

Un fait important pour la suite de la carrière de Jean : la Bataille d'Angleterre fait rage ! La Luftwaffe ne peut anéantir la R.A.F. , ni l'industrie de guerre britanniques.

L'Angleterre conservera la maîtrise de l'air au-dessus de son sol.

Après sept jours de mer, le 30 mars 1941, Jean débarque à Alger.

Le lendemain il est dirigé sur Blida où il reste une semaine.

Miranda_Foto_1___2_

Le sinistre camp de concentration de MIRANDA DE EBRO.

Beaucoup de Français quittent la métropole comme Jean pour continuer le combat et se retrouvent en Afrique du Nord, certains après avoir traversé l'Espagne et gouté aux geôles, surpeuplées et à l'hygiène déplorable, de Franco. 

En Afrique, les besoins en effectif ne sont pas prépondérant et il est difficile d'occuper tous ces soldats ! Certains officiers iront jusqu'à créer un club d'alpinisme (ascension de l'Atlas !) pour passer le temps...

Le 10 avril, départ vers le centre d'Instruction de Rélizane où Jean se perfectionne au tir en qualité de mitrailleur-bombardier pendant près de trois mois.

img545

Le 1er juillet 1941, il est affecté à la 1er Escadrille du Groupe de Reconnaissance II/52 d'Oran La Sénia où il s'entraîne sur bimoteur Bloch MB175. Il restera là près d'un an.

img548

Bloch MB.175 appartenant à la 3e escadrille du groupe II/52 et portant le célèbre insigne du bougnat (SAL-19 de la Grande-Guerre).

(source: l'aviation n°203)

Début 42, depuis l'Allemagne, commencent les bombardements anglo-canadiens sur l'Allemagne (les Anglais, la nuit, et les Américains, le jour).

Le 2 juin 1942, Jean est détaché à Fès, au Maroc, au CPS, Centre du Personnel Spécialisé.

Le 8 novembre 1942, les Américains débarquent en Afrique du Nord. C'est "l'Opération Torch" commandée par le général Eisenhower. Les Français d'AFN alors sous le régime de Vichy présidé par le maréchal Pétain, résistent juste un peu, et se rangent rapidement du côté des alliés. En réaction, les Allemands occupent le reste de la France.

Le 11 novembre, ça y est ! Les Fançais d'Afrique du Nord se retrouve en "Zone des Armées", et donc combattants contre leur ennemi, l'Allemagne.

Suite à réorganisation, Jean est rayé du groupe II/52 d'Oran et est affecté le 20 décembre à la base aérienne de Fès.

Le 1er février 1943, il est nommé sergent. Le 20, il est affecté au stage de perfectionnement de mitrailleurs à l'école de tir d'Agadir, qu'il rejoint le 4 mars.

Le 22 mai, il est affecté à la fameuse EPN de Marrakech, l'Ecole du Personnel Navigant qu'il rejoint le 24. Ça se précise ! Il est désigné pour faire partie des équipages de remplacement des groupes équipés d'avions Halifax ; les pertes sont lourdes en Angleterre.

A Marrakech, l'été n'est pas la bonne saison. Il commence à y faire très chaud ! Les soldats logent dans de curieuses huttes rondes appelées "noualas" d'un confort très rudimentaire. La nuit, lui et ses camarades de "chambrée" n'hésitent pas à sortir leur lit au dehors pour bénéficier d'une fraîcheur toute relative.

img549

Jean se perfectionne encore trois mois au Maroc avec l'aide d'officiers de la R.A.F., qui les initient aux règles anglaises. En contre-partie du volontariat français, le gouvernement britannique prête des avions d'entraînement, des Wellington.

img550

Les Français s'entraînent sur un terrain annexe, proche de Marrakech, Sidi Zouine. En 18 mois, Marrakech connaît 5 accidents mortels, des morts "pour rien"(4)

Son entraînement se termine (c'est ce qu'il doit penser !). Jean fait ses bagages, il en a maintenant l'habitude. Il a sa feuille de route, retour en Algérie pour embarquer vers l'Angleterre.

Le 31 août 1943, il est à Alger

Le lendemain il est rayé des contrôles militaires d'Afrique du Nord. Un prochain grand voyage l'attend : en route pour la Grande-Bretagne !...

- (4) M'a dit le général Grimal que j'ai rencontré. C'est lui qui dirigeait l'EPN de Marrakech. La plupart des informations écrites sur la vie en AFN sont de sa bouche.

 A SUIVRE

Posté par DUCAPHIL à 13:34 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

27 février 2012

AVIS DE RECHERCHE DES FAMILLES BORDELAIS et BERDEAUX

AVIS DE RECHERCHE

de Madame Geneviève BORDIER

la fille du Sgt BORDIER mitrailleur-supérieur.

56548944_p

Equipage du Cpt STANISLAS avec les mécaniciens au sol.

Madame Geneviève BORDIER recherche à prendre contact avec les familles BORDELAIS et BERDEAUX les deux membres de l'équipage du Cpt STANISLAS , radio le Sgt BERDEAUX et le mitrailleur-arrière le Sgt BORDELAIS, tués dans le crash de leur avion lors de la mission sur GOCH du 7/8/ 02/ 1945. Le crash a eu lieu sur la commune de ASTEN (25 km sud-ouest de EINDHOVEN).

Prendre contact à l'adresse suivante:

guistar@aol.com

Posté par DUCAPHIL à 18:40 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :


22 février 2012

"COURS 101" à DALCROSS

"COURS 101" à DALCROSS

Filey_1944_001

Octobre 1944 - FILEY - YORKS - Stage A.C.R.C.

A.C.R.C. Aircrew Reception/ Receiving Centre (on joining RAF) Also Air Control and Reporting Centre.

(collection: Albert KRIEF)

De haut en bas - de gauche à droite:

- Sumaca, Veyrent, Laulagnet, False, Sallarès, Reynès, Sauner, Bayade, Mazoyer, Armani, Cal. Marion, Lesueur.

- Barennes, Larouy, Baïda, Cal/C. Picard, Sgt Lallemand, Aspt. Ventau, Sgt. Turpin, Qleiber, Sauchez, Andréone, Staffrach.

- Maruiguerra, Vergnol, Cal/C. Bourgeois, Stouvenot, Elbèze, Azoulay, Richard, Belia, Giber.

- Cattara, Kuevas, Pons, Dujardin, Cal/C Four, Albert Krief, Istria, Bartole, Rogliano, Sangès.

Filey_1944_002

(collection: Albert KRIEF) 

Un souvenir qui s'éveille en regardant le site qui me rappelle notre jeunesse. J'étais avec vous de Liverpool à Filey à Stormidawn et à Dalcross. Nombreux étaient avec nous au "Cours 101" à Dalcross, je me souviens entre autres de Lesueur fou de football, de Petit qui chantonnait toute la journée (il était amoureux d'une petite anglaise) et j'ai bonne mémoire de notre classement au Stage de A.G. ou Istria, Starffrach, et moi-même étions parmi les 5 premiers pour la 1ère fois dans un cours R.A.F.

J'espère avoir des nouvelles de quelques uns.

Albert KRIEF

Posté par DUCAPHIL à 17:41 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

18 février 2012

MISSION DE NUIT SUR COLOGNE par Roger Fourès

Mission de nuit sur Cologne

"Kalk-Nord"

Gare de triage

Mission du 30/12/1944 durée: 6 heures 15.

Halifax III "B" "for Baker" PN365

Equipage du Capitaine BRION

Pilote: Cpt BRION (Cdt d'avion) Navigateur: Lt BARTHELOT, Bombardier: Adjt/C DEMESMAY, Radio: Sgt DARRIBEHAUDE, Mécanicien: Sgt/C RICHARD, Mitrailleur-supérieur: Sgt FOURES Roger, Mitrailleur-arrière: Sgt/C GONNOT.

70286650_p

Récit du Sgt Roger FOURES âgé de 23 ans au moment des faits.

La nuée tourne au gris - voici qu'arrive l'heure où commence le règne de l'ombre - c'est, pour nous, le silencieux signal de la nature.

Un à un, nous passons à genoux et têtes basses, l'étroite porte du "Halifax B" notre avion, pour gagner sans hâte nos postes.

Je dispose mon parachute en son casier avec la ferme conviction que je n'aurai point à le retirer avant que d'être revenu. Je me hisse dans ma tourelle, je l'essaie.

Je constate le bon état des glaces et je m'assure de la bonne position des bandes de cartouches. Mon "collimateur" (appareil de visée) fonctionne. Le cercle lumineux qu'il contient se dessine bien sur son verre, auréole funèbre qui doit couronner les victimes et mesurer leur fin.

Je commence à m'exercer, main et oeil. Je vise la cime d'un arbre avoisinant pour me donner la certitude, plus par intuition qu'à vue, que mes mitrailleuses sont bien réglées.

Je mets mon casque et branche mon téléphone. Aussitôt, je suis interpellé "allô centre on va essayer votre oxygène". J'ouvre, "ça va" dis-je au pilote, avec dans la bouche ce sale goût de tube caoutchouté. "Au premier, Richard" dit le pilote au mécano. Et le moteur extrême gauche crache jusqu'à la queue un million d'étincelles.

Je sens mes chairs vibrer toutes. "ça va" dit Richard. "Magnéto OK". Le 2ème moteur est plus têtu. Puis, je ne pense plus au moteur - au diable les moteurs c'est fait pour tourner, que ça tourne ! Mais si un se met à foirer, à faire sa mauvaise tête, ma moto chérie "Royal Enfield" elle, part au Quart de tour et elle connaît nombre de directions intéressantes bien plus passionnantes que la Ruhr. A droite, le quatrième moulin entre en jeu. Il tourne, crache, part, s'arrête, crache des flammes, vrombit, tourne à l'envers et se cale. Lui me paraît vraiment bien malade. Les trois autres tournent rond, je manoeuvre ma tourelle pour mieux observer le récalcitrant. Une à une, les pales de l'hélice défilent au bout du capot, arrivant, grandissant, disparaissant en jetant des éclats sombres, comme de grands sabre de taille. Je pense "partira, partira pas". Partirons, partirons pas ? "The grey room dancing", 229 Borougbridge road. ça y est, le voilà, il tourne. Dans l'interphone, la voix de Richard retentit "la magnéto perd 100 tours, qu'est-ce qu'on fait ?.

roger_fourc3a8s_en_moto

Roger FOURES sur sa Royal Enfield.

(collection: Roger FOURES)

http://425alouette.wordpress.com

C'est beaucoup trop par rapport au règlement et le pilote de répondre "Je m'en fous ça ira, les autres vont bien, on y va".

"Allons" dit le navigateur "Antoine c'est l'heure". Le pilote ne répond pas mais fait un signe. Je vois autour du Halifax s'affairer 4 hommes noirs. Deux par deux, ils tirent au loin les lourdes cales qui trébuchent au bout de leur corde comme des jouets biscornus. Les roues sont libérées. Abandonnant leur attirail au bord de l'aire, ces hommes s'éloignent plus vite encore pour disparaître dans l'ombre épaisse environnante comme des loups apeurés.

Le souffle énorme des hélices est redoutable. Nous roulons, personne ne dit mot. Une de plus qui commence, ce qu'on appelle une "mission" qui peut être une promenade nocturne, un parcours sur les continents, une aventure, ou un calvaire. Et nous allons, sans trop d'espoirs ni trop de craintes, comme un écolier à l'examen.

Devant nous, un autre Halifax traîne gauchement sa queue. Enfin, il se place face au vent. C'est "Calmel", capitaine Calmel que j'aime bien. Le voilà donc face au ciel, face à Dieu. Il part bientôt, il n'est plus que feu vert, rouge, blanc, le tout encadré par la rangée des lumignons oranges de la piste, ça y est, le sujet a quitté le tableau. Hommes, métal, essence, bombes, au total 30 tonnes, se sont accrochés dans le ciel noir.

PL_30858_1_

A nous maintenant. Le pilote "appelle" ses moteurs. Plein gaz, le "B pour Baker" (boulanger) frémit. Je sens mon coeur se serrer. Je ne puis m'empêcher d'imaginer que dans quelques secondes - d'autant que la piste est gelée - tout le métal qui m'environne se repliera sur moi labourant mes chairs, broyant mes os. Je pense aux "Bigs pigs for Hitler", les bombes qui sont plus pour nous que pour lui en ce moment. Il faut mettre tout ça à 400 km à l'heure au plus tôt. Enfin, le tout jeune homme que je suis prend le dessus sur les pensées moroses et je murmure fermement "à la grâce de dieu, vive ma bonne étoile". Car je vais la retrouver, là-haut, ma bonne étoile, par dessus les nuages épais". "Sirius" la plus belle, la plus brillante qui me suit, du soir au matin et parfois disparaît et se montre à nouveau, dans un trou de nuage pour un instant, ou une heure, ou plus. Il me semble qu'elle veut me dire "Tu vois, je suis toujours là, pour toi". Il m'arrive encore aujourd'hui de la contempler longuement quand elle traverse le ciel noir.

Je me sens pris d'une immense affection pour ceux qui sont avec moi. Je vais les défendres, ils vont me défendre en manoeuvrant bien. Roland, le mitrailleur arrière, et moi, nous sommes les "chiens de garde".

Nous décollons magistralement. Je devine la machine appuyant sûrement sur l'air ses grandes ailes noires. La course des lampions est finie. La piste nous échappe, une grande confiance m'envahit.

BOMBER_COMMAND_55

(collection: ECPA)

Notre navigateur s'agite, il donne un cap, une altitude, des indications, des recommandations. Antoine, notre pilote, n'est pas absolument d'accord. Il est rare qu'il le soit d'emblée. Il faut qu'il y ait au moins un point sur lequel il peut agir à sa guise ou passer outre. Nous voyageons maintenant paisiblement.

Je regarde la nuit du ciel. Elle me plaît, elle me paraît noire, bien noire, admirablement noire.

Je me prends à l'aimer, à la remercier, à la croire notre amie. En bas, rien n'est visible que les innombrables parterres lumineux des bases d'opérations et de secours. Rien de plus que cela. Nous n'avons pas d'horizon. Le noir du ciel se confond avec celui de la terre et il me semble que nous sommes au centre d'une grande boule obscure. Un Halifax vient à nous avec des manières ridicules, balançant ses feux, semblant avoir devant lui de nombreux obstacles qui ne sont autres que les remous créés par nos propres hélices. Il arrive si près que je le vois très bien. C'est vraiment un don admirable qu'une bonne vision de nuit. Enfin, il se range résolument à notre droite, long fuseau d'ombre, étrangement fin, dans sa force redoutable, laissant parfois échapper de ses pots d'échappement rouge-cerise de longues traînées d'étincelles, plus rouges encore, qui disparaissent avalées par la nuit. Un autre Halifax se dandine à notre gauche. Puis d'autres se fixent au dessus, puis dessous. Une multitude de points bleus, verts et rouges, presque immobiles, se mêlant délibérément aux étoiles, me créant un faux ciel sans cesse renouvelé, que je me fatigue à étudier.

Tout à coup, une grande lueur surgit du dessous de nous. Je me dresse vivement et me penche autant que possible pour essayer de voir. Au sol, un avion commence à brûler; puis il explose.

 

 BOMBER_COMMAND_77

(collection: ECPA)

Notre "bombardier" s'exclame: "les pauvres, ils ont fini leur mission". Très vite le foyer s'agrandit et monte haut sur nous, couronné de cette fumée caractéristique que nous connaissons bien. Hélas, lentement, nous nous éloignons et toutes lueurs disparaissent.

BOMBER_COMMAND_113

(collection: ECPA)

"Antoine, nous passons la côte" dit le navigateur. "Bon, j'éteins les feux" répond le pilote. Alors, je ne retrouve plus le bout de nos ailes. Je les vois plus longues, trop longues, n'ayant plus de limite. Enfin, je peux en apercevoir l'angle amorti qui commence à entamer et déchirer des petits tas de brume, avant-coureurs de gros nuages. Autour de nous, peu à peu, les fausses étoiles s'éteignent et les vraies aussi car nous faisons notre entrée dans un épais système de nuages. Le navigateur commande l'ascension et donne un cap. Alors mon ami Roland, le mitrailleur arrière et moi, commençons vraiment notre veille. Le pilote envoie l'oxygène. Je consulte ma montre. Il est 21h30. Nous volons déjà depuis 1h1/2. Notre objectif est Cologne "Kalk-Nord" gare de triage. Nous devons survoler la Belgique puis descendre au sud bombarder et traverser, pour rentrer, le nord de la France.

Soudain, à droite, surgit une masse sombre. Un bombardier à environ cinquante mètres. Que va t-il faire ? Nous a t-il vu ? C'est un Lancaster. Diable il approche encore. Il va nous cogner. Quels crétins ces "glishs", ils roupillent ! Je lance "Allo pilote, ici centre, vite à gauche". Le pilote jette notre "B" à gauche en glissade aussi promptement que s'il s'agissait d'un avion de chasse. Le Lancaster fait, en sens contraire, le même mouvement. "Bon, il est parti, ça va": dis-je. Et nous reprenons notre cap. Je redouble d'attention et bientôt, cette nuit que j'ai bénie au départ, j'arrive à la maudire; mais elle est là, immuable, impénétrable dans ses desseins, moqueuse, troublante, fatigante, presque victorieuse.

BOMBER_COMMAND_155

(collection: ECPA)

"Antoine, nous passons la côte Belge. Monte à 21 000 pieds et reste-y". Mal embouché, je goûte fort peu cette dernière indication de notre navigateur. Qui voudrait descendre en vrille ou en poussière ? Le temps passe, les minutes s'ajoutent, inégales, comme les pierres d'un chemin montant. Je le regarde passer, sous la trotteuse de ma montre lorsque mes yeux sont las de fouiller la nuit. Le museau de caoutchouc de mon masque à oxygène me serre les joues et m'irrite la peau à la gorge. Je le prends par dessous, avec mon pouce, et le décolle de mon visage. J'en éprouve un immense soulagement, pour un court instant.

"Allô pilote, ici bombardier, je vais préparer". Pilote: "Bon, allez-y". "ça y est" dit le bombardier. "Je vois l'objectif. Ils ont commencé la première vague". Nous approchons; une immense lueur perce les ténèbres. Au-dessous, la mer de nuages étends ses vagues immobiles, insensible aux coups échangés dans les deux sens, ciel à terre, terre à ciel. La clarté augmente de minute en minute. Le ciel lui-même s'illumine, très haut, au-dessus de nous. En bas, c'est l'enfer. Pour un peu, la nuit se retire, battue, impuissante, et de tout le fond de l'ombre, surgissent les bombardiers.

Je pense au ventre de Goering, à la moustache d'Hitler, aux discours énervés de l'avorton Goebels. "Aucun avion ennemi ne violera le ciel de l'Allemagne !" Pourtant si ! et j'en suis. Je me trouve, changé soudain grandi, indomptable, prêt à vider toutes les bandes de mes "pétoires", à couler tout mon sang.

Comme des bulles, innombrables, éclataient au-dessus de la surface rouge des nuages, la "Flack" émerge, monte, augmente, arrive, accourt, nous assaille, dessous, dessus, devant, derrière, sur les côtés, partout à la fois. Le ciel est moucheté d'une multitude de flocons noirs qui semble absolument infranchissable.

751px_Koeln_1945

Cologne photo prise en 1945.

"Bombs doors open" dit le pilote. Nous survolons le centre du foyer, secoués par les ondes aériennes dues aux multiples éclatements d'obus de tout calibres. Les nuages flamboient. Ils semblent entachés de sang. Une immense nappe rouge se déroule en scintillant, sous notre avion, prenant l'aspect d'un énorme foyer de forge sous le vent du soufflet.

Soudain, très près de nous, un obus éclate. Je perçois des chocs dans le fuselage dont un au bas de ma tourelle, pourtant elle continue à fonctionner. Quelque chose manque sous mes pieds. Nous sommes dans la position du boxeur qui endure une avalanche de coups tout en préparant un contre décisif.

"Un peu à droite, tout droit, pile, bombs gones" dit Demesmay. "Les pauvres, qu'est-ce qu'ils prennent". Je ne veux pas voir en bas, j'y perdrais, par la suite, pour un temps, mon acuité visuelle de nuit.

Hé ! Là-haut, qu'est-ce ? Quatre, six, huit. Bon sang, quelle affaire, des bimoteurs. Près de nous, à droite, un Halifax explose. Le souffle nous fait tanguer. Sans doute avait-il encore ses bombes. Il a été touché de plein fouet par un obus de la "flack" sans doute un 88. Il reste seulement un long nuage blanc, vertical, fantomatique, pendu au ciel, dont on ne voit rien retomber. Rien de rien. Pulvériser, tout, hommes et matériel. Ces gens là ont envoyé leur âme vers l'infini sans passer par la terre des hommes.

Un bimoteur décroche. Il pique sur nous. Il balance, à travers les éclats. Soulagement, c'est un "Mostiquo".

Bon, la photo est prise. Il est nécessaire de rester en ligne pendant vingt secondes, pour couvrir le temps de chute des bombes. C'est long vingt secondes !

L'objectif est passé. Derrière, le ciel nous offre des aspects de peau de léopard. La troisième vague se présente. Nous la voyons se déployer, innombrable. Elle traverse la nuée de flocons noirs.

En bas les éclatements recommencent. La forge se rallume de plus belle. Nous entamons le retour. Nous filons, plus légers en notre machine et en notre coeur. Maintenant, à nous les ténèbres, mais gare aux nouveautés sournoises de la "Luftwaffe". Nous voguons à nouveau dans le ciel noir. Nous commençons à descendre. Nous avons un peu l'impression d'une sauve qui peut. Rentrer c'est tout !

Nous traversons le nord de la France. Nous nous transportons dans notre ciel. Là-bas, tout au sud, au bout de cette même terre, que font-ils, à cette heure, ces chers deux êtres de bonté qui m'ont donné la vie ? Si ils pouvaient revoir leur "petit" méconnaissable sous son étrange accoutrement d'Homme du ciel, ils pourraient mesurer l'étendue qui les sépare, l'abîme sur laquelle nous planons, leur coeur se serrait plus encore. Ma gorge se bloque. Je suis bien sensible pour un guerrier. Mais cesserai-je jamais d'être sensible ? Néanmoins, je serre plus fort le levier de commande de ma tourelle. Le pouce sur le bouton de tir. "Arrive satané frizou, c'est toi qui ne reverra pas les tiens."

Je regarde les moteurs, quelle merveilleuse régularité ce soir. Quel réconfort pour nous. Quelque merveilleuse régularité ce soir. Quel réconfort pour nous. Quelque chose me touche aux pieds. C'est Richard. Le mécano va faire sa petite visite aux soutes à bombes. Je me penche. J'aperçois sa bonne tête. Il sourit et agite son poing en levant le pouce à l'américaine. OK. Il branche son micro et me dit : "Ils vous ont tiré aux pieds. D'un peu ils vous déchaussent, les orteils avec". C'était le coup perçu, sur l'objectif. Il aurait suffi que j'allonge un peu plus les jambes et ils m'auraient abîmé mes belles bottes. Un silence et puis Richard ajoute "Allo Captain, ils les ont toutes prises sur la gueule".

"Tant mieux" dit Brion.

63641842_p

Le radio de l'équipage Brion Sgt DARRIBEHAUDE.

(collection: Michel DARRIBEHAUDE)

Le navigateur donne un cap. Enfin, le radio, Darribehaude, dit la "chatte" à cause de sons sens maniaque du confort se manifeste. Il a fini depuis longtemps de jeter dans l'espace ses papillons argentés que les anglais appellent "windows" destinés à troubler l'action des radars ennemis. Je souris. Voilà un type qui vient expressément en Allemagne pour jeter des paquets de papier d'argent. Le reste du temps, il se replie dans son étroit réduit pour écouter des gens ou des signaux sans rien voir de ce qui se passe au dehors. Il fait la politique du parapluie. Il est le précieux manipulateur des ondes qui peut, quand le navigateur ne peut plus très bien, nous ramener sûrement à la terre promise. Il discute avec le pilote. Je suis tellement heureux d'entendre sa voix.

Rien de visible autour de nous. Pas d'amis, pas d'ennemis, rien de rien. Le ronron des moteurs, des balancement doux, les senteurs de tube à oxygène, tout cela se ligue contre moi pour ajouter à la fatigue et essayer de m'endormir, lentement, savamment, irrésistiblement. Je ferme un oeil, l'autre me pèse. Je ferme les deux. Je les ouvre en sursaut, subitement effrayé, violemment indigné contre moi-même.

Je coupe le courant électrique de ma combinaison chauffante espérant que le froid me fouettera. Bientôt, de longs frissons parcourent mon échine.

Il me semble avoir quarante kilos sur les épaules. Le harnais me tire. La combinaison refroidie est devenue raide. Je commence à bailler. Je n'y trouve pas de plaisir; ce maudits masque m'embarrasse. C'est si bon de bailler quand on n'a pas la bouche encerclée. Je remets le chauffage. Je tressaille d'aise. Je me sens heureux, plein de bien-être. Quelle douceur encore que de vivre, même ici, hors du monde.

"Ah ! Qu'est-ce que c'est ? Roland, à droite, regarde bien"

"Je ne vois rien" dit Roland.

"Si, à droite, un peu en dessus".

"Ah oui. Halifax".

"Halifax" dis-je aussi.

Et le pilote de demander : "Est-il dangereux ?"

Je dis : "Il a disparu".

Il a disparu, répétais-je en moi-même. Pourtant il existe. Ou est-il ? Je tourne, je retourne ma verrière. Rien, pas de Halifax. Il n'est plus. Comment parvenir à se persuader que nous sommes au moins cinq cent avions, tout feux éteints, à suivre la même route avec autour de nous une visibilité, pour les meilleurs d'entre nous, d'environ trente mètres.

Maintenant la mer est sous nous, au revoir la France, à bientôt. Nous savons que c'est ici, de préférence qu'on abat les bombardiers au retour. Les chasseurs allemands aiment donner la mer pour tombeau. Je crois que l'eau est bien trop froide et profonde. Je savoure mieux l'efficacité de ma combinaison chauffante. Rien de mauvais ne nous arrive et, enfin, le navigateur annonce les côtes anglaises. Nous les passons. Nous descendons un peu et le pilote supprime l'oxygène.

Les petits feux clignotent au sol. Certains sont fixes, d'autres indiquent une lettre. Je les lis. Elles ne me disent pas grand chose mais elles ont leur clé dans les livres de navigation.

Enfin, nous apercevons les premières bases, grands ports lumineux, partagés par deux lignes parallèles formées par de petits points rouges et se présentant à l'entrée comme une large embouchure.

Déjà au sol, très vite, courent des feux verts et rouges. Les gens sont chez eux. Ils se posent. et voilà qu'enfin, le ciel se déchire pour nous montrer quelques étoiles et que je puisse revoir la mienne, se mêlant toutes à une multitude de feux de position. Notre pilote aussi se signale. Quel bonheur de revoir ces lueurs au bout des ailes.

Nous descendons encore et entrons dans la crasse épaisse. Nos feux dans ce coton s'agrandissent jusqu'à illuminer notre route, mais notre vue reste bornée à leur court effet.

img452

Base d'Elvington.

Le mur opaque de la brume nous enserre et nous presse jusqu'à arriver encore à mettre en mon coeur de l'angoisse. Je préfère essayer de ne pas trop penser que nous sommes une trentaine d'avions, fonçant à 400 à l'heure, tournant sur la base à peu près au même endroit sans aucune visibilité.

Enfin, nous débouchons brusquement sous le "toit" des nuages. La nuit paraît plus sombre encore au sol. Nous volons bas et quelques détails apparaissent, notamment, les rivières. La clarté des bases monte jusqu'à nous. "Ça y est, Antoine, c'est ici" dis le navigateur.

Je vois au sol les lettres bien aimées : EV pour Elvington.

img451

La piste, le débriefing, le gin, les gâteaux du "babas" (l'aumonier), le mess, les oeufs, le lait frais, le porridge. Et puis le lit, enfin le lit ! Quel bonheur. Allons, posons-nous vite.

"Que personne ne parle" dit Antoine. Et s'adressant au "flying control", il signale notre arrivée, "B for Baker" avec "you may land" répond la tour. Nous approchons le couloir. "tunnel, tunnel" dit le pilote. Alors la piste s'agrandit et vient à nous rapidement. Je tourne ma tourelle vers l'avant. Comme Bayard, j'aime mieux faire face. Pourvu qu'un éclat d'obus n'ait pas crevé un pneu. Ça suffirait pour se mettre en morceaux. Je m'accroche. "Boum", ça touche, ça roule, comme un bolide. Notre pilote est un grand champion.

BOMBER_COMMAND_67

Le contact avec le sol réveille le sens de la vitesse qui disparaît à mesure qu'on monte. Le pilote commence à freiner. La vitesse tombe, le bout de la piste arrive normalement. C'est terminé. Nous continuons notre course sur le "périmètre track".

Enfin, nous voilà revenus sur notre "dispersal" où l'avion s'immobilise.

Avant même que le pilote ait arrêté les moteurs, je saute dehors, en plein vent d'hélice d'où je me dégage à grand peine. Je cours à l'avant et m'assieds sur mon parachute face au monstre encore vrombissant. Je le découvre immense. Tout à coup, il se tait. Sa grosse voix de tonnerre s'éteint comme par enchantement. Seulement, il craque de toute part et je pense à des gémissements de la machine après l'effort. Un à un, des hommes tombent de la porte après avoir glissé sur leur cul. Comme c'est amusant, quelle allure grotesque ont-ils. Ils sont tellement emmitouflés tel de vrais pantins. Il ne me paraît pas que je suis comme eux, ni même que j'étais avec eux pour un instant. Ils parlent, ils rient, ils sont heureux. Les mécanos arrivent. Aucun ne dit mot. Je crois qu'ils ne m'ont pas vu. Ils ne comptent que six bonshommes et sans doute se posent des questions. L'un deux dit au pilote "alors, mon Capitaine, ça a gazé ?" Antoine répond : "Voyez l'extrême gauche, il tousse. J'ai dû le réduire. Ça n'a pas été dur. Il y a des trous quelque part dans le fuselage, merci."

Nous nous rassemblons. Un camion vient nous quérir. A la salle de débriefing, notre pilote efface prestement son nom sur le tableau des partants. L'aumônier a commencé sa distribution de gâteries. J'ai faim, je suis heureux mais il faut rendre les rations de secours qu'on reçoit avant le départ. Chocolat, gâteaux de survie et surtout boîte de pastilles vitaminées faites pour tenir quarante huit heures en cas de descente au tapis. Or je me suis toujours dis qu'il fallait profiter des bonnes choses quand elles passent. Donc je dévore tout avant le décollage, pendant que nous roulions. Ça aurait pu être mon dernier bonheur ! En fait, j'ai fait ça 31 fois. Je ne raconte pas les fureurs du pauvre couillon de "juteux" (adjudant) qui était responsable de la distribution.

BOMBER_COMMAND_334

Je regarde la grande carte. Le tracé reste encore avec ses points redoutés, les passages difficiles et tout le tremblement des risques sournois que l'officier, d'intelligence, nous avait si bien exposés.

Au débriefing, je réponds aux questions de l'officier anglais. Tourelles ok, pétoire ok, au fait comment le saurai-je, je n'ai pas tiré ? Bon, tout ok, et je pense moi aussi.

Richard parle de quelques trous, du bas de la tourelle endommagée. Lui, c'est son rayon, pour moi la tourelle marche bien. Pas grave, les anglais ont de la bonne colle pour arranger tout ça.

BOMBER_COMMAND_304

Nous partons vers la salle aux parachutes pour remettre en leur casier nos vêtements de "gala" et notre "pépin". En passant, nous regardons le tableau. Deux noms de chefs restent inscrits. Ils ne sont pas rentrés. Une foule de visages m'assaillent, ceux-là et les autres, depuis le début. Sale guerre !

Plus tard nous apprenons que l'un des deux est arrivé à la côte et s'est posé sur la base la plus proche, avec deux blessés : le radio et le mitrailleur supérieur, un ami, lequel a eu un avant-bras déchiqueté.

Que de souffrance avant de pouvoir être soigné. Le fantassin au sol peut être secouru très vite, l'aviateur, lui, doit attendre la fin du voyage. Ce peut être après plusieurs heures. Nombre de membres d'équipage dont les blessures, à priori, n'étaient pas mortelles, ont péri avant de pouvoir être secourus.

Je me sens moins heureux, moins fier, très fatigué, et je reste avec ces noms, ces visages dans ma tête, jusqu'au mess, jusqu'au lit, où je ne parviens pas à m'endormir.

Roger FOURES.

Posté par DUCAPHIL à 23:13 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

31 janvier 2012

DE ZERALDA A LIVERPOOL PAR LE Lt BENOIST

RECIT

img389

 

Du Lt BENOIST Paul

 

De ZERALDA à LIVERPOOL

 

Du 26 Août au 8 Septembre 1943

 

sur l'ORBITA

 

Jeudi 26 Août 1943: J'ai passé une nuit assez bonne, je me sent moins fiévreux et pourtant sous la tente il ne fait pas chaud et de temps en temps j'éprouve quelques frissons. Ce ne doit pas être de la fièvre, j'ai à peine dans la bouche le goût amer, souvenir tenace de la quinine.

Tout le monde dors, quelle heure peut-il bien être?... Pas besoin de regarder ma montre, au loin la première sonnerie du réveil se fait entendre 5 heures 30.

HENAUT ronfle toujours, BECAM doit avoir mal réglé son réveil puisqu'il ne sonne pas 5 h 45, tant pis il faut se lever, POUGNET bouge et tout a coup "debout la dedans". C'est le cri de PETIT, qui comme un pantin sortant d'une boite sous la pression du ressort se trouve assis sur son lit et s'étire.

Je commence a me levé ma cantine n'est pas bouclée, j'ai a faire vite si je veux être à l'heure. BOURGAIN allume la bougie, POUGNET revient du "jus". Tout le monde est debout le quart à la main.

Un peu d'eau du bidon passé sur la figure fini de me réveiller, mes couvertures sont pliées, bouclées sur ma cantine, je suis prêt.

La bougie fichée dans le goulot d'une bouteille attachée au poteau central de la tente donne sous le vert de la toile une teintes blafarde aux hommes et aux choses.

Je me suis rasé, fatigué, un coup d'oeil dans la glace me montre une figure inconnue. Quelle heure ? Six heures 1/4, le rassemblement aux pieds des dunes doit avoir lieu à 7 h 30. Il me reste de l'eau dans mon bidon, vite un coup de rasoir je serai sans doute mieux. Voilà c'est terminé, mais ça ne va pas fort, si j'allais prendre ma température. Les hommes prennent leur cantines, je les suis, musettes et bidon à l'épaule, ma valise à la main... A la tente infirmerie, le "toubib" prépare ses bagages, je m'arme d'un thermomètre que je place et j'attends... 37°7, je pousse un soupir de soulagement.

Pendant la minute de thermomètre je m'étais vu fiévreux sur le bateau avec l'estomac creux et le mal de mer, moi qui pendant quelques jours avait assuré à tous que je n'étais sensible ni au roulis, ni au tangage.

Je suis réconforté par ce témoin qui puise dans notre cercle intime la vérité sur nos maux. Je pars au rassemblement plus fort et même je sais que je vais avoir faim. Quelques minutes d'attente, puis sur la route un nuage de poussière le ronflement des moteurs le grincement des pignons; ce sont les camions anglais de la R.A.F. qui viennent nous prendre.

Les voilà arrêtés, chaque groupe prend place, je me tasse le long d'une ridelles, l'air de la mer est froid. 7 h 45 nous voilà parti. Adieu Zeralda... Je ne regrette ni les dunes, ni l'abondante et saine cuisine, oeuvre du Cne LAPEIJRE qui à fait de très gros efforts pour nous faire maigrir et nous intoxiquer.

Guyotville, St Eugène, Bab-el-Oued, Alger, nos quinze camions a cette heure matinale font un tel vacarme que les fenêtres s'ouvrent à notre passage, des têtes ahuries se penchent aux balcons. Qu'est-ce qui se passe ? On pourrait lire cette question sur tous les visages. A qui ou à quoi pouvons nous bien ressembler pour attirer tout l'attention du public ?

J'entends dire "Des prisonniers" Et ma foi... Qui sait !...

Voilà le port, sa rade, une foule de bateaux de toutes sortes de toutes couleurs, de toutes les grosseurs semblent nous attendre. Nos yeux se fixent sur eux comme pour chercher celui qui va nous emmener vers l'aventure. Lequel ?... A quai, plusieurs sont en cours de chargement ou de déchargement, nos camions après quelques virages difficiles et des manoeuvres savantes autour des caisses et de tas d'objets les plus divers viennent se placer face a un bâtiment assez imposant passerelle baissée, sur les ponts duquel grouille une foule de gens dans des costumes les plus bizarres.

Ce sont sûrement des militaires anglais ou comme tel, j'ai l'impression que nous ne seront pas seul à bord. Défense de descendre des voitures, les commissaires du port s'affairent a notre intention. Sur l'avant du navire un nom agréable attire nos regard "LETITIA" on doit être bien dans ses flancs.

Mais hélas ! Désillusion nos camions se remettent en mouvement, font demi tour et nous nous trouvons face à un autre bateau, moins gros, moins beau, entièrement peint en noir sur lequel se trouve aucun nom. Nos espérances tombent, sûrement que nous ne seront pas aussi bien. Enfin, quoi faire ? Nous descendons des camions, on va nous nommer pour nous désigner nos places a bord.

Cabines 263. Sous-Lieutenant NOEL, BENOIST, GLEZES.

Nous montons les marches d'une passerelle branlante au flanc du navire, il est quand même haut, je n'arrive pas à la dernière marche. Enfin m'y voici. Un "Waiter" m'indique la direction je reprends un peu d'espoir, la plus grande propreté règne a l'intérieur, je descend un étage et suis un couloir jusqu'à la cabine de 2ème classe qui doit être notre gîte.

Elle est petite, trois couchettes marines, un lavabo, une armoire avec glace c'est tout l'ameublement. Il fait chaud, pas de hublot seulement un canal d'aération. Au plafond un ventilateur... Chic ! Vite l'interrupteur que je change l'air. Rien ! Il ne marche pas, il faudra que je m'occupe sérieusement de sa remise en état. Je sens de plus en plus la faim me tirailler l'estomac, lorsque un second "Waiter" nous invite à gagner la salle a manger pour le "Breakfast"...

Quelle chance, il est bientôt 10 heures nous passons dans une salle à manger spacieuse qui nous est indiquée par un panneau "Officiers". Des tables sont mises, les nappes bien blanches sont recouvertes par un couvert en argent massif des plus pur, nous espérons un bon réconfort. Hélas ce n'est pas encore pour maintenant, on monte nos cantines à bord et nous sommes invités à venir les reconnaîtres et a les diriger vers nos cabines.

Le temps passe, mais pas ma faim. Après une heure d'attente voici mes bagages, je m'installe, il est maintenant trop tard pour songer au petit déjeuner, mais j'apprends que le "Lunche" est à midi, je reprends espoir, mon estomac aussi. Enfin la cloche appelle pour le repas, c'est la ruée vers l'escalier, je pense ne pas être le seul à avoir faim, les places vont se faire chères. Enfin j'en tiens une, le menu du jour est proprement imprimé sur un carton bristol, trois repas, qui ma fois bien que je ne comprenne guère leur composition me paraissent très engageant.

Le service commence, servi par portion, potage aux légumes, poisson au riz, grillade avec pommes cuites a la vapeur et haricots verts, gelée de fruits avec une crème, le tout arrosé d'une bonne carafe d'eau bien pure et d'une tasse de café au lait. Le tout est mangeable et je reconnais là la cuisine anglaise à laquelle je me suis assez difficilement habituée en 1940, mais comme il faut en prendre son parti et ne pas mourir de faim, je mange bien. Beaucoup de camarades hésitent, tourne leur assiette soupèsent, sente, goûte, font multiples grimaces, ils faudra pourtant qu'ils s'y fassent. Maintenant c'est l'attente du départ, on charge le bateau, bagages, vivres, troupes, les poulies grincent, les hommes crient dans les manoeuvres. Je continue mon installation, on distribue des appareils de sauvetage individuels, plus tard, je connais l'appareil, c'est le même modèle que celui que l'on nous distribua à bord du "Batavier IV" lors de mon retour d'Angleterre en juin 1940.

Batavier_IV_1902_03

Batavier IV.

http://www.simplonpc.co.uk/Batavier.html

Mais comment donc ce nomme notre bateau, aucun nom sur sa coque ne l'indique. Les avis aux passagers sont inscrits en deux langues, anglais et espagnol. Il faut que je visite un peu. Sur chaque perron de l'escalier de magnifiques tableaux à l'huile attirent mon attention. Une grande cathédrale est particulièrement jolie, je m'estasie, lorsque un monsieur anglais probablement un vieil officier m'esplique que c'est Londres, une des grandes tours est la fameuse tour du parlement avec son carillon Westminster dont le son des cloches est envoyé au monde par T.S.F. Pouvant me faire comprendre j'en profite pour poser les questions qui me viennent. L'"Orbita" de la "Pacific stream navigation company" son port d'attache est Liverpool, il fut construit en 1915, mais a eu une bonne marraine car il a déjà beaucoup navigué. Il était avant guerre affecté aux lignes Angleterre-Amérique du Sud et depuis sert qu'aux transports des troupes et du ravitaillement, il a subit des transformations à cet effet, mais il est solide, résiste bien à la mer... Nous ne serons pas trop mal.

img393

L' Orbita.

Partirons-nous ce soir ?

Chacun se pose cette question, on embarque toujours. Voici un groupe de civils, hommes, femmes, enfants. Ce sont des familles évacuées de Malte. On porte un enfant d'une douzaine d'années, il n'a plus de jambes, victime des bombardements de l'île, il semble heureux pourtant , il rit, grâce à son âge il ne se rend pas compte de ce que sera sa vie.

Voilà qu'à bâbord une sirène retenti, c'est un navire chargé qui va prendre place au large dans un convoi, il bat pavillon belge, je lis "Léopoldville" il est bondé de troupe.

leopoldville52

Léopoldville.

Sur notre arrière les remorqueurs se préparent, est-ce pour nous ? Non car tout à coup notre bateau est ébranlé par un choc. Ce sont eux qui en tirant un autre gros bateau nous ont fait tamponné. Pas de dégât, quelques manoeuvres supplémentaires et enfin le "Christiaan Puydens" quitte à son tour le quai.

Mais voici six heures, l'heure du dîner, la cloche sonne, on reprend place à table. A mon avis bon dîner, pour moi c'est suffisant, manque le vin, tant pis, je vais faire une cure de désintoxication, à mon retour j'aurais un foie, un estomac, des intestins, tout neufs.

Sur le pont. Oh ! mais qu'est-ce qui se passe. Stupéfaction collective. Les maisons blanches a flanc de coteau de la ville d'Alger s'estompent dans le soleil baisant, nous sommes en pleine mer au milieu d'une vingtaine de bateaux remorquant chacun un petit ballon de protection. Nous voilà partis, ce fut vite fait, la mer est d'huile pas une vague ride sa surface. Bon début, l'état de la mer ne permet pas les actions sous-marines, je crois que nous pouvons dormir tranquilles.

Avant de me coucher, je répare le ventilateur car il fait toujours bien chaud. Rien de grillé, rien de cassé, voilà ça tourne.

Bonne nuit à demain.

Good wight L'Il ses you to morrow

Vendredi 27: La nuit s'est très bien passée, j'ai dormi tranquillement, il est sept heures il faut se lever le "Breakfast" est a 7 h 45, j'ai encore faim. Toilette, tour de pont, rien à l'horizon la mer est toujours calme, a gauche, les côtes d'Afrique s'effacent dans le brouillard matinal. Nous voyageons en zigzags à la vitesse moyenne de 12 noeuds environ, nous n'avons pas encore passé la baie d'Oran, nous y seront sur la fin de la matinée.

Nous avons rassemblement, on désigne les canots de sauvetage par groupe. Chaque matin a 10 heures il y aura rassemblement obligatoire devant chaque station 6A, ce ne sera pas un bien gros travail. On nous indique également les modalités des signaux d'alertes et le Cdt d'armes du bord, un officier Anglais qui ne semble pas vouloir rire nous fait savoir son intention de faire très souvent des manoeuvres fictives et menace de prendre des sanctions énergétiques pour ceux qui voudraient s'y dérober.

Les sous-officiers se plaignent, ils sont logés avec la troupe, ils ont des hamacs a installer dans les "docks" de l'avant, leur nourriture est insuffisante et se figurent qu'il sont désavantagés en comparaison de la troupe anglaise. Je ne pense pas cela car je vois les sous-officiers et soldats anglais installés un peu partout sur les ponts, sur le gaillard AR, a tous les endroits ou ils peuvent étendre les couvertures pour se rouler dedans.

Une cinquantaines de jeunes officiers de marine couchent par terre dans le salon de fumeurs. On aurait très bien pu nous laisser cette place à nous, qui ne sommes que des invités... La journée se passe, vers onze heures nous apercevons au loin Santa Cruz, la madone d'Oran puis plus rien, la côte. Vers le soir une bande de terre à droite nous indique le voisinage de l'Espagne.

Mais que se passe t-il tout à coup; un escorteur de tribord fait demi tour et fonce vers un point noir à l'horizon, le contourne, explore les parages; il stop; un autre escorteur le rejoint, puis derrière eux une lueur et un jet de fumée, quelques coups de sirène rejetées par chaque navire, font battre les coeurs, tout est calme pourtant, mais voilà que simultanément chaque bateau allume a son tour une boite à fumée et la jette à la mer. Dans quelques secondes nous avons derrière nous un rideau d'épaisse fumée noire et c'est tout, la nuit arrive sereine, la bise souffle du large les esprits sont calmé "Exercice" dit-on. Croyons le cela vaut mieux, le Black out est complet, sur les ponts on se cogne un peu partout et c'est a tâtons que l'on trouve la porte bien calfeutrer du Living-Roon.

Au salon de nombreuses tables de bridgeurs, un orchestre improvisé, piano, saxo et jazz agrémente un peu le moment. Je me sens fatigué je gagne ma cabine en songeant qu'à l'aube, nous seront probablement en vue de Gibraltar. Ferons nous escale ? Mystère.

Samedi 28: -7 h 15, j'ai de la peine pour m'éveiller le battement saccadé des machines me rappelle ou je me trouve, le bateau ne semble pas bouger, la mer doit être calme. Vite un peu de toilette, pour pouvoir faire un petit tour sur le pont avant de déjeuner. Sommes nous loin de Gibraltar ? Un coup d'oeil a bâbord me montre encore les côtes d'Afrique tandis qu'à droite, vers l'avant on aperçoit le gros rocher légendaires "Gibraltar".

Nous voyons à peine La Linéa et rentrons dans la baie d'Algésiras. Gibraltar est devant nous avec les murailles étageant ses fortifications; ses maisons jaunes carrées, sans décors forment à ses pieds un ensemble sévère. Le port s'étend à perte de vue dans la baie. Une multitude de bateaux sont en rade, bateaux de commerce de tout tonnage, bateaux de guerre, porte avions, hydravions même, qui croissent pour prendre leur envol. Notre convoi s'égrène et tour a tour les bateaux stoppent à quelques cent mètres du port.

img406

Gigraltar

Combien de temps resteront nous ici ? Dix heures nous disent les gens de "l'Orbitan". A 10 heures traditionnelle manoeuvre de rassemblement aux chaloupes; on nous demande d'écrire à nos familles. Lettres discrètes, qui devront être remise à la salle de service avant 16 heures. Qui de nous n'écrit pas, c'est une avalanche de lettres, le Cpt Le Blevec qui en assure la censure est submergé, surtout que sur beaucoup des corrections s'imposent les indiscrétions sont nombreuses, malgré les recommandations.

La nuit arrive et rien ne fait présager au départ prochain. Nous faisons du "footing" sur les ponts, pour nous dégourdir les jambes, ces promenades par petits groupes, nous donnent quelques chose d'Anglais; sans doute l'ambiance !...

La nuit est complètement venue on suit par distraction les évolutions des torpilleurs, des chasseurs de sous-marins qui gagnent leurs postes de veille. Le "Black out" ici n'est pas observé et même tout à coup une multitude de phares s'allument ensembles au niveau de l'eau, balayent la mer de leur pinceau de lumière. Sous ces feux l'onde scintille, prend des tons phosphorescents qui donnent à la baie un aspect de féerie.

Chaque soir la même manoeuvre à lieu à la même heure et se renouvelle plusieurs fois dans la nuit. Ce sont des moyens de recherche de barques clandestines qui des côtes d'Espagne pourraient se faufiler à travers les bateaux pour y effectuer des manoeuvres malveillantes.

Dimanche 29: Les machines ne trépident pas, nous devons toujours être à Gibraltar. J'ai très mal dormi, toute la nuit des fortes explosions se sont fait entendre. Coups de canons, éclatements de mines ? A qui poser la question pour avoir une réponse précise. Les uns répondent par là que ce sont des grenades marines lancées dans la baie pour émotionner les indiscrets qui essaieraient de traversé, d'autres assurent que ce sont des mines dérivées et repêchées que l'on fait sauter. Pour moi je n'ai aucune idée.

Seulement nous sommes toujours là nous pouvons écrire de nouveau les lettres devront être remises avant midi. J'écris la même lettre que la veille puisque l'on ne peut rien mettre de nouveau. Je l'adresse à Salé au lieu de Meknès, j'ai songé qu'elle arriverait plus tôt dans le cas ou ma chère Thérèse et ma petite fille chérie seraient a la colonie de vacances. Je pense beaucoup à vous pendant ces longues journées. Tourné face au sud je songe que 300 km a peine nous séparent. Ce sera sûrement le point ou pour quelques temps nous serons le plus près les uns des autres. Nous espérons partir ce soir, mais je doute.

La nuit est de nouveau venue et nous ne sommes pas partis.

Lundi 30: Rien de nouveau, nous ne partons pas encore, le temps devient long. Les tables, au salon sont prises d'assaut par les hommes. Quelques musiciens bénévoles tapent un peu de piano, c'est monotone. La journée est passé, peut-être que demain...

Programme_chorale_Marnix

Programme de la chorale du paquebot VAN MARNIX du 5 octobre 1943.

(collection: Eric SUTOUR)

Programme_chorale_Marnix_2

(collection: Eric SUTOUR)

Mardi 31: Rien, toujours le même paysage. Les bateaux tournent sur leurs ancres, mais partout ou la vue tombe nous rencontrons un paysage connu. On dit que nous partirons ce soir. Cela m'étonne, je ne pense pas que le passage du Détroit se fasse de nuit

Non ce n'est pas pour aujourd'hui encore, mais je sens quand même venir le départ. Tout les navires de notre entourage, l'Orbita lui-même, poussent leurs jeux, de panaches de fumée noire sillonnent le ciel, l'air est chargé de l'odeur de mazout, ce sera sûrement pour l'aube.

Mercredi 1 Septembre: Je suis éveillé depuis longtemps, je ne suis guère fatigué avec les siestes que j'ai pu faire pendant ces quatre jours. Rien ne bouge à bord 7 heures. Un grincement de chaînes, à l'avant les trépidations d'un cabestan. Voilà l'heure du départ ! Ouf ! j'en avais assez, l'esprit est tendu vers l'inconnu, il lui faut du changement.

Vite habillé et sur le pont, mon premier coup d'oeil est vers la passerelle, elle été complètement relevée, le bruit de chaînes et de cabestan c'est l'ancre que l'on retire. Tout le bâtiment commence à vibrer, voici le départ. Le soleil se lève difficilement ce matin, nous sommes à peine sorti du port qu'un brouillard épais nous couvre totalement, on ne voit pas à 20 mètres. C'est juste si on distingue une bande de marsouins qui prennent leurs ébats autour du bateau. Sont-ils curieux dans leurs évolutions, ils bondissent deux par deux, sortant de l'eau pour y replonger aussitôt.

On dirait qu'ils veulent nous souhaiter bon voyage.

Celui-ci s'annonce assez mal d'ailleurs, le brouillard est de plus en plus épais. Les navires donnent leur position par coups de sirène très rapprochés qui jettent une note lugubre au jour naissant. On avance lentement, puis nous voilà stoppé. L'équipage prend le fond, la sonde entraîne le fil qui se déroule rapidement; il en passe des mètres, nous devons encore être en sécurité.

Les heures se passent, nous sommes tous aux aguets d'un éclairci, nous cherchons un peu de soleil dans l'ombre du manteau opaque qui nous couvre.

Seul le hululement des sirènes troublent la solitude du lien. Enfin là vers 15 h 30 le soleil qui change au dessus de la nappe épaisse de brouillard arrive à percer. Nous revoyons d'abord la haute cime de Gibraltar, puis les côtes marocaines et enfin l'entrée du détroit, aussitôt le convoi reprend sa marche, le ciel est complètement découvert, le soleil chaud, la mer calme. Nous entrons dans le détroit, des deux côtes la terre passait toute proche malgré les 14-15 km qui les séparent. Bientôt nous apercevons a l'horizon une vingtaine de navires, sont ils de notre convois ? Non car bientôt ils grossissent, se rapprochant, c'est un convoi qui rentre en méditerranée. Nous nous trouvons en face de Tanger qui aligne ses maisons blanches le long d'un coteau verdoyant. Dans quelques heures nous perdrons de vue et les côtes Africaines ou tous nous laissons un peu de nous mêmes, et les côtes Espagnoles partie du continent sur lequel nous espérons bientôt reprendre nos droits

Je reste longtemps accoudé au bastingage de bâbord, les yeux fixés au loin en direction de la côte marocaine, aussi loin que l'horizon, et la nuit tombante me permettent de voir. Je songe à vous, ma femme, ma fille, qui peut-être au bord de ce même Océan, fouillez du regard le large pour vous rapprocher de moi.

Hélas bientôt des milliers de km vont nous séparer.

Jeudi 2 Septembre: Ce matin les mouvements de bateau sont accentués, les boiseries craquent, le temps semble mauvais. Un tour matinal sur le pont me montre la mer houleuse, les navires plongent très avant dans l'écume des vagues pour remonter très haut sur les lames. Le tangage est très fort mais peu de roulis, je ne me sens pas du tout incommodé. Les vagues fouettes les flancs de l'Orbita avec rage, le vent du nord souffle avec fureur, les embruns passent par dessus les ponts, l'eau ruisselle, le ciel est noir, il fait vraiment pas bon dehors.

Que de défaillants aujourd'hui à la salle à manger, par contre que de têtes penchées par-dessus les bastingages et seulement agitées par les hoquets des nausées traditionnelles. Triste spectacle, le rassemblement du personnel, à 10 heures aux couleurs comme chaque jour, donne une preuve du dégât causé par la mer.

Ce soir on dirait que le temps va être plus clément et va nous permettre une bonne nuit. Je n'ai pas beaucoup sommeil, cet après-midi lassé de regarder les bateaux faire leur gymnastique effrénée sur les vagues j'ai fait une bonne sieste.

Le salon est presque vide, l'orchestre a peu de succès. Au moins ce soir on peut approcher un peu du bar ou trouvé un Porto et un Rhum assez valeureux.

Vendredi 3 Septembre: Aujourd'hui calme complet, la mer dont la surface est a peine animée d'une houle légère ressemble a un immense tapis de laine bleu sur lequel un enfant aurait disposé ses bateaux de plomb

mid

Catalina Squadron 202 R.A.F.

Nous naviguons toujours vers l'ouest. Cette nuit nous avons retardé nos montres d'une heure, nous devons voisiner le méridien 20° ouest et avons passé ces limites d'un fuseau horaire. Sommes nous loin des Açores ? On ne voit rien que ciel et eau. Nos escorteurs font bonnes garde on dirait deux lignes de rugbymen prêts à s'affronter. A l'arrière deux croiseurs ferment la marche et a chaque moment nous apercevons quelques Libérators ou Catalina qui nous survolent et patrouillent en avant. Le mouvement de sécurité doit être mis en oeuvre.

Cet après midi nous avons mis le cap N.O. demain il faudra que j'essais de situer a peu près notre position.

catalina_202_sqn

Consolidated Catalina Squadron 202 R.A.F. à Gibraltar.

Samedi 4 Septembre: Tout est calme, le soleil se lève, nous marchons plein nord. Nous avons encore retardé nos montres d'une heure, nous voici maintenant a l'heure du Méridien de G. On discute fort pour savoir ou nous sommes. Un camarade a un petit Atlas de poche, je vais essayer de faire un relèvement approximatif. La marche du convoi a été toujours a peu près uniforme. Je compte sur la distance Alger-Gibraltar une moyenne de 13 noeuds, environ 24 km/h de route. Nous avons fait environ 40 heures de route en océan avec cap Ouest, 1000 km environ qui nous emmène a mi chemin des Açores au voisinages du méridien 20° Ouest mais sans le dépasser.

Depuis nous faisons cap Nord-Nord-Ouest depuis 3 heures environ, ce qui nous a fait suivre une ligne sensiblement parallèle au méridien sur une distance de 750 km environ et nous situe a hauteur de la cote Nord de l'Espagne et a environ 900 km de celle-ci, vers 17h00. Demain nous serons face à la France, à Bordeaux mais à 1500 ou 1600 km. Les marins du bord nous disent que nous devront aller contourner le nord de l'Irlande pour gagner Liverpool par le canal du Nord. Le canal St Georges entre l'Irlande et l'Ouest de l'Angleterre est fermée à la navigation. 

Je compte qu'il nous reste environ 2600 a 3000 km à parcourir ce qui nous ferai arriver mercredi 9 ou jeudi 10 septembre. Si nous mettons le Cap-Est pendant quelques heures nous pourrions arriver aux voisinage des côtes Sud-Ouest de l'Irlande et longer la cote Ouest dans ce cas nous pourrions voir cette île lundi soir ou mardi matin par tribord. Je réserve mon jugement, mais nous verrons bien.

Allons une autre journée de terminée, comme chaque soir je vais demander a Dieu de nous faire une bonne nuit et d'attendre sa protection sur mes êtres chéris.

Dimanche 5 Septembre: Aujourd'hui le mauvais temps semble se remettre de la partie, il commence a faire froid par moment il pleut même. A 10 heures on disait qu'il y aurait messe à bord, je me prépare à y aller, mais ce ne sont que des prières de l'église orthodoxe dites sur le pont. Je me tiens à l'écart mais j'associe mes pensées avec celles de ceux qui prient comme nous pour un sel Dieu, un seul maître.

Un de nos officiers à eu l'idées d'embarquer quelques livres qu'il prête a tour de rôle. Je m'en suis procuré un, c'est un roman policier assez captivant, je vais lire, les heures passeront plus vite.

La journée est passée, nous mangeons peu, tout n'est que conserves, nous sommes bien servi, mais nous nous faisons difficilement à la cuisine. Depuis deux jours ont peut avoir du vin pour 4 Schilling la bouteille, c'est cher, mais a notre table nous en prenons au repas de midi que nous payons a tour de rôle. Bien que de qualité supérieur, pour un vin Anglais, il proviens de leur colonie Sud-Africaine du Cap, il ne remplace pas un bon Bourgogne ou un Bordeaux, mais il nous met quand même un peu de soleil au ventre.

Lundi 6 septembre: Toujours même temps, la nuit a été mauvaise, nous sommes toujours entre ciel et eau et naviguons Nord-Est, nous n'avons pas fait de mouvement Est comme je le pensais, nous ne rattraperons donc les côtes d'Irlande qu'au Nord de cette île.

Quoi faire en attendant ? Je lis, je dors.

Une note de la décision de bord nous recommande de nous coucher tout habillé. Cela n'est pas pour remonter le moral des tourmentés. Les autorités du bord craignent les mines, particulièrement dangereuses à la navigation et qui peuvent se trouver aux abords des Îles Britanniques. Cette prudence nous prouve que notre voyage va bientôt prendre fin.

Mardi 7 septembre: Le soleil ce matin a percé très tôt la brume, si ce n'était la brise marine il ferait même chaud, mais le souffle qui vient du large fait passer des frissons. Tout est calme, tous les yeux cherchent à l'horizon la bande brune qui annonce la terre, mais rien encore, de l'eau, de l'eau à perte de vue. La mer est plus calme et parfois sous l'action de l'éclairage solaire tombant d'aplomb sur l'horizon, le ciel prend au niveau de l'eau une ombre mauve qui un instant pourrait faire croire que les côtes vont se dessiner, mais comme en plein désert de sable, ici aussi ce n'est qu'un mirage. Ce soir surprise au tableau d'ordre du bord, on nous avise d'avoir à avancer nos montres d'une heure pendant la nuit. J'avais oublié que l'Angleterre avait également l'heure d'été, nous devons approcher du but.

Un autre avis qui fait pousser bien des soupirs d'espérance, fait savoir que sauf imprévu dans l'horaire, nous serons dans l'estuaire de la Mersey jeudi 9 septembre vers 15 heures.

C'est sur cet estuaire que se loge le port de Liverpool.

Mes prévisions ne m'ont pas beaucoup trompés, demain nous seront au nord de l'Irlande.

cobb_convoy_painting_20copy

Mercredi 8 Septembre: Belle journée en perspective, le soleil se lève mais le vent est froid. le soleil se lève mais le vent est froid. Nous naviguons plein Est et nous commençons a voir au loin se dessiner les côtes d'Irlande mais elles sont encore bien loin.

Peu à peu pourtant on les voit qui se rapprochent, elles sont très découpées de nombreuses petites îles la bordent, vers la fin de l'après-midi nous doublons le cap malin puis nous tournons vers le Sud pour rentrer dans le canal du Nord entre l'Irlande et l'Ecosse.

Vers 17 heures le convoi s'est disloqué, un paquebot "le Léopoldville" prend la direction de Glasgow, l'Orbita va sur Liverpool, le reste du convoi se dirige vers le Nord de l'Ecosse.

img737

Liverpool la Mersey

Nous serons demain matin très tôt à Liverpool.

(collection: Jean-Paul DELMAS le petit-fils du Lt Paul BENOIST)

Merci JeanPaul pour ce superbe récit.

Posté par DUCAPHIL à 21:04 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

28 janvier 2012

SEPTEMBRE 1989 SOUVENIR DU PELERINAGE A ELVINGTON

SOUVENIR DU PELERINAGE

A ELVINGTON

DU 16 ET 17 SEPTEMBRE 1989

Villacoublay 16 septembre 8h20 sur le parking de l'Escale Militaire un "bel oiseau", le C 130 H - 30 Hercule du COTAM, attend la délégation des Anciens des Groupes Lourds conduite par le Président de l'Association, le Général d'A.A. Jean THIRY. 94 passagers, plusieurs anciens accompagnés de leur famille, quelques veuves de camarades disparus.

Les six membres de l'équipage seront nos invités pendant toute la durée du séjour et pourront ainsi témoigner de l'attachement de notre Amicale au souvenir des Groupes Lourds.

img292

Premier sur la gauche mon père LOBELLE Pierre, merci Nicole pour cette superbe photo souvenir.

(collection: Nicole ROUSSEAU PAYEN)

img326

(collection: Nicole ROUSSEAU PAYEN)

Nous nous posons à LEEMING où nous sommes accueillis par le group Captain J.E. ROOUM, Commandant la base. Auprès de lui notre ami Derek REED, co-fondateur et Administrateur du YORKSHIRE AIR MUSEUM d'Elvington et notre camarade Aimé Paul DELIGNE qui, résidant à York, veille à l'entretien de notre Mémorial et à la bonne organisation des cérémonies officielles ou privées, dont celles du 11 novembre.

img324__2_

(collection: Nicole ROUSSEAU PAYEN)

img325__2_

(collection: Nicole ROUSSEAU PAYEN)

01_RAF_Leeming

??, Captain J.E. ROOUM, Général THIRY, Jean BOGAERT, Mme THIRY, ??.

(collection: Derek REED)

02_RAF_Leeming

Jean BOGAERT, Paul DELIGNE.

(collection: Derek REED)

03_RAF_Leeming

Derek REED, Général THIRY, ??.

(collection: Derek REED)

04_RAF_Leeming

Général THIRY, Captain J.E. ROOUM, Derek REED.

(collection: Derek REED)

05_RAF_Leeming

Captain J.E. ROOUM, Général THIRY, ??, Jean BOGAERT.

(collection: Derek REED)

Notre délégation se dirige vers Elvington mais ne pourra malheureusement pas, en raison des contraintes de l'horaire, assister à une brève cérémonie au monument élevé, sur notre ancienne base, à la mémoire des disparus du Sq. 77. (Rappelons que le squadron 77 R.A.F. a précédé les 346 et 347 qui ont "hérité" de ses halifax ) Le Général THIRY dépose une gerbe tricolore au pied de ce mémorial.

06_77_Sqn_Memorial

De gauche à droite:

??, ??, ??, ??, ??, ??, ??, ??, Général THIRY, Derek REED, ??.

(collection: Derek REED)

07_77_Sqn_Memorial

Général THIRY, ??, ??.

(collection: Derek REED)

08_77_Sqn_Memorial

(collection: Derek REED)

09_77_Sqn_Memorial

??, ??, ??, ??, ??, Général THIRY, ??.

(collection: Derek REED)

Après un sympathique buffet campagnard, nous nous retrouvons au pied de "notre Mémorial" élevé en 1957 sur la commune d'Elvington, dont la municipalité s'est par la suite généreusement préoccupée d'agrandir le site.

12_Groupes_Lourds_Memorial

(collection: Derek REED)

Drapeaux français et de la R.A.F. claquent au vent. De nombreuses personnalités civiles et militaires, françaises et britanniques, entourent avec les 94 anciens et leurs familles le Général THIRY qui, après la cérémonie religieuse, suivie du dépôt de gerbes, minute de silence, hymnes nationaux, prononce l'allocution suivante:

"We are again in front of our Mémorial to celebrate the memory of the 170 missings of our two squadrons, who have been killed in operations.

This Memorial is the common property of the Village of Elvington and Groupes Lourds as our Memorial in Normandy is common property with Grandcamp-Maisy.

Elvington and Grandcamp-Maisy are already joined; they will be twined as soon as the official approvals will be obtained.

Now allow me to speak in french.

13_Groupes_Lourds_Memorial

De gauche à droite:

??, ??, ??, ??, Dominique THIRY, Jean BOGAERT, Derek REED, ??, ??, ??, ??.

(collection: Derek REED)

Mes chers amis, voici notre Mémorial et voici, tout proche, le terrain dont nous partions pour de longs raids. Beaucoup d'entre vous, sans doute, viennent ici pour la première fois. Il faut imaginer quelle était notre vie il y a 45 ans quand sonnait l'heure du réveil, quand nous nous rendions à bicyclette, dans la nuit et le vent, depuis notre baraque jusqu'à la salle de briefing, quand nous embarquions dans nos 30 Halifax, quand nous nous envolions dans l'obscurité de la nuit.

C'est à tous ceux qui jamais ne rentrèrent que nous pensons aujourd'hui..."

14_Groupes_Lourds_Memorial

(collection: Derek REED)

Le lendemain 17 septembre à 11 heures un service religieux célébré au YORK MINSTER (cathédrale) réunissait de très nombreux anciens du 4th group dont, bien entendu, notre délégation au complet.

La cérémonie était précédée d'une parade militaire sur le parvis de la cathédrale: bagpipers, R.A.F., Royal Navy, police, cadets de la R.A.F... Une parfaite démonstration du "drille" anglais.

18_Battle_of_Britain_Service__York_Minster

De gauche à droite:

Jean BOGAERT, Louis BOURGAIN, ??, ??, ??.

(collection: Derek REED)

YORKSHIRE AIR MUSEUM

Chers amis

Il nous a fait beaucoup de plaisir à vous acceuillir au Musée de l'Air de Yorkshire à Elvington et à la ville de York, même pour un si court séjour. Vos souvenirs ont dû être réveillés en retrouvant ces lieux que vous avez si bien connus.

C'était formidable de voir les escadrilles d'Elvington N° 77 et N° 346 et 347 (Groupes Guyenne et Tunisie) assemblées de nouveau ici.

Nous voudrions remercier profondément l'Armée de l'Air Française qui a fourni à l'Angleterre. Depuis des années grâce à l'aide et les efforts du feu Général CALMEL, du Général THIRY, Colonel BOURGAIN, Monsieur BOGAERT et d'autres, le musée de l'Air de Yorkshire a souvent profité des liens avec des Français par exemple les moteurs du Hercules, le billet pour la Concorde de Air France, le vieux film d'Elvington en 1945 et beaucoup d'autres choses et, nous espérons, finalement, un Mirage IVA. Donc, puis-je profiter de cette occasion de remercier mille fois la France merci pour tout.

Nous espérons que vous avez passé une journée agréable à Elvington et York. Il nous reste au moins 4 ans de travail pour l'achèvement du Halifax, qui deviendra, ici-même, un monument à ceux des deux escadrilles Françaises qui ne sont pas revenus, à leurs prédécesseurs de l'escadrille 77, à la Groupe entière et à tous ceux qui volaient pendant la Deuxième Guerre mondiale, surtout de Yorkshire.

C'était émouvant de vous dire au revoir et de vous voir vous envoler de Leeming. Il me rappelait beaucoup du film d'Elvington en 1945, où l'équipe au sol disait au revoir de la main aux Halifax qui s'envolaient en route pour le territoire occupé par l'ennemi. cette fois les circontances, l'avion, le but et la destination étaient différents mais beaucoup des gens étaient les mêmes qu'en 1945, sauf un peu plus vieux !

Nous espérons vous revoir bientôt parce que vous êtes nos amis et vous serez toujours les bienvenus.

Il me reste seulement à dire Vive la France et Vive l'Angleterre !

Amitiés

Derek REED.

(L'OPS N°6 Decembre 1989 - Jean BOGAERT)

V_t_rans_York__1_

Photo prise devant la Cathédrale de York année 23/26 juin 1998

De gauche à droite:

??, ??, Capitaine BISNER (mécanicien), Capitaine Raymond JUSTE (mécanicien navigant), Général BOE (pilote), Colonel Robert NICAISE (radio), Patrick BAUMANN.

(collection: Patrick BAUMANN)

Posté par DUCAPHIL à 22:05 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags :

ANNEE MONDIALE ROLAND GARROS 2013

ANNEE MONDIALE ROLAND GARROS 2013

img385

Contact:

secr.exec@aaaf.asso.fr - 01 56 64 12 30 - philippe.jung3@free.fr

img383

img384

Philippe Jung - 150,route de Pégomas (6A) - F- 06130 Grasse

philippe.jung3@free.fr - tél: (33) 6 81 08 46 79

Posté par DUCAPHIL à 18:46 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :